23 septembre, 2014

Espagne : le gouvernement Rajoy retire la réforme de l'avortement

L'avant-projet de loi organique sur la protection de l'enfant conçus et les droits de la femme enceinte a été officiellement retiré en Espagne, ainsi que je le prévoyais ici le 13 septembre. Le Premier ministre Rajoy trahit ainsi ses engagements envers bon nombre de ses électeurs qui avaient clairement demandé la fin du « droit à l'avortement » et qui l'ont répété massivement lors d'une soixantaine de manifestations ce dimanche.

Le représentant du Partido Popular assure avoir pris la « décision la plus sensée » au vu du manque de cohésion autour du projet : « Nous ne pouvons pas avoir une loi qui serait changée par un autre gouvernement arrivant au pouvoir. » Remarque bizarre : la loi Zapatero est rejetée par un grand nombre d'Espagnols et Rajoy a la majorité théorique nécessaire pour la changer…

Prenant actes des « divisions » personnelles autour de l'avortement, Rajoy a promis de mettre fin à l'absence de consentement parental pour les mineures de 16 et 17 ans instituée par la loi Zapatero, et il a promis qu'un Plan de protection de la famille verra le jour pour la fin de l'année.

Il y avait déjà eu cette promesse de fin d'année (après celle de juillet, et les précédentes) pour la loi restreignant l'accès à l'avortement. Les Espagnols pro-vie en jugeront…

Pour l'heure, le site HazteOir (Fais-toi entendre) accuse clairement Rajoy de « trahison ».

Au cours d'une conférence de presse, la porte-parole de Derecho a Vivir (Droit de vivre), Gador Joya,
a rappelé que la modification de la loi était une « promesse électorale » et que le président du gouvernement espagnol « n'est pas fiable » : il vient de « donner la preuve qu'il est incapable d'être à l'origine du changement social ». « Il a démontré qu'il est un poltron parce qu'il s'est couché devant un secteur de la société qui n'a jamais voté pour lui et qui ne le fera jamais », « il n'a pas de principes »;

« Nous oui ! », a-t-elle dit. Avec colère et détermination, elle a annoncé que le mouvement pro-vie va s'attacher à montrer à tous qu'il n'est pas digne de confiance – notamment au moment du vote.

« Ne doutes jamais de la capacité d'un petit groupe de citoyens qui réfléchissent et qui s'engagent à changer le monde ! », a-t-elle lancé. « Rajoy va se repentir d'avoir trahi les Espagnols. »

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Argentine : l’évêque de Santiago del Estero dénonce une parodie de mariage

Mgr Bokalic, évêque de Santiago del Estero
Le diocèse de Santiago del Estero, qui a été le théâtre d’une cérémonie singeant le mariage au bénéfice d’un couple transsexuel « béni » par un curé local, vient de publier un communiqué dénonçant ce type d’événement. « Il est interdit aux pasteurs, pour n’importe quel motif ou prétexte même pastoral, de faire des cérémonies de n’importe quel type qui contredisent la conception chrétienne du mariage », précise la déclaration officielle.
Le communiqué a été rendu public peu après que le P. Sergio Lamberti eut donné une telle bénédiction blasphématoire à une travestie, Luisa Paz, et José Coria, dans une paroisse de Santiago des Estero, sans interdiction en amont de la part de l’évêque du lieu.
Celui-ci n’a cependant pas tardé à réagir à travers ce communiqué public.
« La communauté de vie intime et l’amour conjugal, qui a été fondée par le Créateur et pourvue de lois propres, s’établit sur l’alliance du mariage, lien sacré qui ne dépend pas de l’arbitraire humain, car Dieu lui-même est l’auteur du mariage.
Le mariage chrétien consiste en un acte de la volonté par lequel l’homme et la femme, naturellement conçus comme tels dès le sein maternel, se donnent et s’acceptent mutuellement dans une alliance irrévocable par laquelle ils constituent entre eux une communauté pour toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des époux et à la génération et à l’éducation des enfants. Cette alliance matrimoniale a été élevée par le Christ Notre Seigneur à la dignité de sacrement entre baptisés.
C’est l’unique conception du mariage entre baptisés : est invalide et illicite toute autre forme d’union. C’est pourquoi il n’est pas possible de faire quelque célébration religieuse qui ne corresponde pas à cette nature du mariage.
Il est rappelé qu’en raison du respect dû au sacrement du mariage et à la communauté des fidèles il est interdit aux pasteurs, pour quelque motif ou prétexte que ce soit, y compris pastoral, d’effectuer des cérémonies de n’importe qu'el type qui contredisent cette conception du mariage. En effet, elles pourraient donner l’impression que l’on célèbre des noces sacramentelles valides et auraient pour conséquence d’induire en erreur sur la conception chrétienne du mariage.
Nous rappelons aussi que l’Eglise enseigne que toute personne devra être accueillie avec respect, compassion et délicatesse. On évitera toute forme de discrimination injuste. On invitera tous les baptisés à fonder leur vie sur la Parole de Dieu qui nous offre la rédemption et nous appelle à la conversion. Pour vivre, persévérer et croître dans la foi nous devons recourir à l’oraison, aux sacrements et à la charité.
En agissant ainsi, l’Eglise catholique professe la vraie fidélité au Christ et à sa vérité ; en même temps elle agit avec un esprit maternel envers tous ses fils, en particulier ceux qui se trouvent aux périphéries existentielles. »
Santiago del Estero, 21 septembre 2014Vicente Bokalic, évêque de Santiago del EsteroAriel Torrado Mosconi, évêque auxiliaire.


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Raïssa Gorbatchev a avorté – et en a souffert toute sa vie

Mikhaïl Gorbatchev a révélé il y a quelques jours que sa femme, Raïssa, avait subi un avortement mettant un terme à sa première grossesse il y a 61 ans, quatre ans avant la naissance de sa fille Irina. L’ex-leader de l’Union soviétique s’exprimait lors d’une interview marquant le 15e anniversaire de la mort de son épouse. Et qu’elle en est restée marquée toute sa vie.
La grossesse était survenue peu après le mariage de ce couple resté toujours uni, en 1953. Raïssa avait été victime, un an plus tôt, d’une « terrible fièvre rhumatismale qui avait affecté son cœur », a raconté Gorbatchev à l’Express de Londres. Les médecins l’obligèrent à choisir entre sa femme et son enfant : « Faites votre choix, le bébé pourra naître vivant ou non, mais vous perdrez votre épouse. Son cœur pourrait ne pas le supporter. »
« La grossesse fut avortée », dit-il.
« On nous a dit que c’était un garçon. Raïssa a tant souffert… J’ai essayé de la calmer comme je le pouvais. Mais nous avions déjà choisi un nom : Serguei, comme mon père. »
Le journaliste raconte comment Gorbatchev ne peut cacher son émotion en parlant de cet avortement. Aujourd’hui encore.
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22 septembre, 2014

Le Dr Dor en appel contre 10.000 euros d'amende pour “entrave à l'IVG”

Le Dr Dor sortant de l'audience de 1e instance,
en septembre 2013.
La cour d’appel de Paris entendait cette après-midi l’« affaire des chaussons » où le Dr Xavier Dor avait été condamné en première instance pour avoir offert une médaille miraculeuse et des chaussons de nouveau-né à une jeune femme qui se rendait au Planning familial à Paris. Le fondateur de SOS Tout-Petits s’était vu infliger une lourde peine d’amende pour « entrave à l’avortement » : 10.000 euros pour s’être rendu dans les locaux publics du Planning dans le 2e arrondissement, afin d’y entrer en dialogue avec les militantes, mais surtout pour avoir parlé, en repartant, dans la cage d’escalier commun de l’immeuble où ils se trouvent, à une jeune femme qui semblait s’y rendre. Devant la cour, on a parlé de « pressions morales et psychologiques », de « violences », d’un « vieux monsieur indigne » qui « veut faire souffrir » les femmes.
Pour qui connaît Xavier Dor, les accusations sont surréalistes. Elles n’ont d’ailleurs qu’une seule explication rationnelle : c’est que l’avortement est une violence qui laisse chez elles des traces lourdes et pénibles à porter. Car si ce n’est pas le cas, en quoi des chaussons peuvent-ils constituer une sorte d’arme par destination ?
Xavier Dor, donc, 85 ans, la vue qui baisse, l’allure fragile, prompt à parler de la souffrance des femmes qui choisissent l’avortement, est aux yeux de tous ces militants de l’avortement un homme dangereux et  malveillant, qui doit cesser de nuire. Il faisait face à quatre adversaires : l’Assistance publique hôpitaux de Paris (APHP), qui n’avait pas obtenu sa condamnation en première instance pour une manifestation aux abords de l’hôpital Saint-Vincent de Paul – 2.500 « IVG » par an –, et le Mouvement français pour le Planning familial, la Coordination des associations pour le droit à l’avortement, et l’ANCIC, association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception.
Pourquoi cette mobilisation ? A écouter les associations et pourvoyeurs d’avortement, Xavier Dor met à lui seul en péril leur mission. Ce ne sont pourtant pas les réunions de prière qu’il organise, avec leurs quelques dizaines ou centaines de participants, ni son entrée par deux fois dans un bureau du Planning qui vont – à vue humaine – changer quoi que ce soit à la loi ou à la pratique de l’« interruption volontaire de grossesse ». Son rôle demeure, qu’on le veuille ou non, confidentiel.
Mais il irrite. Il frappe – sans violence ! – les consciences. Il dérange. On a fait des lois pour lui, ou plutôt contre lui : l’extension du délit d’entrave à l’IVG s’est faite à chaque fois parce que la non-violence de ses actions – plus de 200 ! – empêchait de le condamner. On en est aux « pressions morales et psychologiques », où l’entrave ou la tentative d’entrave à l’avortement sont constitués par le fait de tenter de dissuader une femme d’avorter.
Me Claude Katz, plaidant pour le Planning familial, avancera un argument qui permet de mieux comprendre ce qui se passe : « Le droit à l’avortement est un droit conquis de haute lutte. Une des plus importantes avancées pour l’humanité. Votre combat est un combat perdu d’avance. La décision de la cour ne pourra pas permettre qu’il y ait, au-dessus de la loi, un intérêt supérieur. »
C’est cela qu’il reproche principalement à Xavier Dor : de penser et d’agir « comme s’il y avait une loi au-dessus de la loi votée souverainement par la représentation française – une sorte de loi céleste. »
C’était Chirac qui disait un « non » sans appel à « la loi morale qui primerait la loi civile ». Il n’était pas le seul : Marine Le Pen en a fait autant, avec quasiment les mêmes mots, confortant l’idée qu’il y a un « ticket d’entrée » dans la République. Ne pas accepter de le payer, c’est se condamner à rester au dehors. Voire à se retrouver à la barre des prévenus.
C’est le même raisonnement qui a été tenu par l’avocate de la CADAC. Elle s’est demandée si « M. Dor » avec son « comportement délinquant » estime peut-être « que les lois de la République ne s’appliquent pas à lui, peut-être se réfère-t-il à des lois supérieures ». « Aucune femme ne devrait jamais avoir à  croiser la route de M. Dor ou d’un militant du même genre. »
Interrogé en début d’audience, le Dr Dor avait reconnu que le geste de remettre des chaussons à une femme pouvait être assimilée à une « violence » : une « douce violence », destinée à montrer symboliquement la « fragilité » et la « faiblesse » de l’enfant à naître et la « tendresse que sa mère aurait pour lui ». « Une expression hallucinante », a estimé l’avocate de la CADAC : « Il sait lorsqu’il fait cela qu’il cause de la souffrance, l’objectif est de faire mal, de culpabiliser. » Mais une fois de plus, pourquoi l’évocation d’un nouveau-né ferait-il souffrir si l’avortement n’élimine pas un être humain ?
L’avocate de l’ANCIC croit pour sa part avoir mis au jour « la personnalité très complexe » de ce « vieux Monsieur indigne », qui derrière « sa voix tremblotante » n’est « pas si vieux que ça » puisqu’il a « eu l’idée des commandos anti-IVG » et qu’il « ne lâche pas son argumentation ». « La seule chose qui puisse avoir le moindre impact sur lui, c’est une forte condamnation à peine d’amende », assure-t-elle. Elle est même persuadée que le Dr Dor est le « président d’Alliance Vitalis » au « budget de 2,4 millions d’euros », on peut donc frapper fort. Pense-t-elle à Alliance Vita, au budget de 1,3 millions en 2013 ? Peut-être. Elle connaît décidément mal son sujet.
Puisqu’on parle d’argent : aussi bien le MPFP qui assure une « mission de service public » que la CADAC, qui selon ses propres dires « vit essentiellement de subventions publiques », ont demandé que les dommages intérêts symboliques prononcés à l’encontre du Dr Dor en première instance soient considérablement augmentées. Pour renflouer leurs caisses à l’heure où le gouvernement fait des économies…
L’avocat général, lui, s’est voulu plus moralisateur, assurant que le Dr Dor devait apprendre à ne « pas jeter la pierre » aux femmes, fût-ce « des chaussons » : « Il doit prendre conscience du mal psychologique qu’il fait. Il serait peut-être temps qu’il arrête. Retraité, il faudrait peut-être qu’il vaque à d’autres occupations et qu’il laisse ces femmes régler elles-mêmes ces questions de conscience dures, avec des souffrances très dures qu’il n’est pas la peine d’augmenter. » Qu’il prenne acte de la laïcité : « La justice se rend sous le buste de Marianne. » Il a demandé la confirmation pure et simple du premier jugement.
Me Rosny Minvielle a plaidé plusieurs nullités et autres points de procédure – il n’est pas sûr que les juges suivront. Sur le fond, il a plaidé la liberté d’expression, mais aussi la lettre de la loi qui continue d’affirmer, dans l’article 2211-2 du code de la santé publique, « le respect de la vie dès son commencement ». Xavier Dor, a-t-il souligné, dénonce un « génocide » caractérisé ; il a le droit de dénoncer un avortement qui n’est pas « légal » : pour qu’il le soit, la loi exige la condition de « nécessité », et, au moment des faits, l’existence d’une « détresse » dont nul n’a apporté la preuve.
Le plus étrange dans cette histoire, c’est que rien n’apporte même la preuve qu’il y ait eu même avortement, ou volonté d’avorter. La jeune femme qui est le pivot des poursuites, puisque c’est elle qui a reçu médaille miraculeuse et chaussons, est celle qui donne corps à la notion de « pressions psychologiques et morales » : dès le départ du Dr Dor, elle serait entrée dans les bureaux du Planning « en sanglots », très ébranlée par la rencontre qu’elle venait de faire.
Mais cette jeune femme, « catholique de surcroît », mère de trois enfants, était-elle seulement enceinte ? Envisageait-elle d’avorter ? Personne n’a songé à lui poser la question, alors qu’elle était là, et qu’elle s’est exprimée à la barre. Peut-être par pudeur, ou par respect de son émotion. Il n’empêche : quand son avocat lui a demandé de parler de ses émotions, en ce fameux 26 juin 2012, elle a pleuré. Et s’est tue.
Si c’est une preuve de sa grossesse au moment des faits, cela nous ramène au point clef : le fait d’avoir avorté, ou d’avoir perdu cet enfant, ou de regretter d’avoir pensé à le faire, laisse des traces profondes. Comment alors reprocher à un vieil homme d’avoir voulu la mettre en garde.
Si elle n’était pas enceinte alors, si elle n’a jamais avorté, les larmes sont plus incompréhensibles. Mais on peut dire qu’elles manquent leur but, puisque l’effet est toujours le même : elles témoignent de ce que l’avortement n’est pas une réalité anodine, qu’il fait souffrir.
Personne n’était en tout cas en mesure de dire si avortement ou intention d’avorter il y avait. Peut-on alors parler encore d’« entrave à l’avortement » ? La jurisprudence des « délits impossibles » qui considère l’intention du prévenu ou de l’accusé et non le résultat de son action rendue impossible faute d’objet, par exemple, laisse penser que la simple volonté de vouloir empêcher une IVG, réelle ou supposée, suffit.
Arrêt le 27 octobre. 

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Espagne : la marche pour la vie, un « tsunami » contre le recul de Rajoy sur l'avortement



Des milliers d'Espagnols ont participé à Madrid à la 5e marche pour la vie, alors que le gouvernement Rajoy est en train de revenir sur sa promesse de modifier la loi sur l'avortement qui a fait de « l'interruption volontaire de la grossesse » un « droit » pour les femmes pendant les 12 premières semaines de gestation.

HazteOir a mis en ligne la vidéo ci-dessus, où l'on voit le nombre et la détermination des manifestants, qui délivrent certes un message positif sur la vie mais qui n'oublient pas de dire – c'est une des grandes banderoles officielles de la marche – que l'avortement légal tue 300 enfants par jour en Espagne.

Tout en continuant de réclamer ouvertement la fin de l'avortement légal, avec le slogan « avortement zéro », le mouvement Derecho à Vivir (droit de vivre) met Rajoy devant ses responsabilités en exigeant qu'il n'abandonne pas sa loi de restriction de l'avortement – pour des raisons électorales qui plus est.

« Nous ne sommes pas un électorat captif ! », rappelle Ignacio Arsuaga, l'un des leaders du mouvement. Et de nombreuses banderoles lui font écho : « Rajoy, avec l'avortement il n'y aura pas de vote » – vous n'aurez pas nos voix.

Une soixantaine de rassemblements des Espagnols contre l'avortement avaient lieu dans autant de villes espagnoles, et 17 à l'étranger.

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Cardinal Kasper : ceux qui l'attaquent sur le mariage attaquent le pape François

Le cardinal Kasper revient à la charge. A quelques semaines du synode extraordinaire sur la famille, celui qui avait lancé au dernier consistoire sa bombe sur l’accès des divorcés « remariés » à la communion vient d’accorder plusieurs interviews en italien et en allemand où il accuse ceux qui ont manifesté leur désaccord avec lui de viser, en réalité, le pape lui-même. C’est en particulier dans un entretien publié par Il Matino que le cardinal se montre le plus virulent : certains de ses adversaires, dit-il, pourraient bien « vouloir une guerre doctrinale ».
Trois lignes de force se dégagent de l’entretien. 1. On ne change pas la doctrine, on ne change pas les principes. 2. Les temps ont changé et il devient nécessaire de faire preuve de « discernement » dans l’application des principes. 3. La réponse est donc dans la pastorale, le pape veut un synode pastoral, il ne saurait y avoir de discussion sur les principes.
Le raisonnement est habile : il affiche comme acquis l’accord sur le fond, et accuse les opposants de ne pas l’admettre afin de pouvoir rejeter les mesures de « miséricorde » qu’il convient de mettre en place au bénéfice de ceux qui, tout en sachant qu’ils n’ont pas respecté le principe, qu’ils ont failli, doivent pourtant obtenir les moyens nécessaires au salut. Pour caricaturer le propos, ou plutôt pour en dégager l’ossature, on pourrait dire que Kasper accuse en définitive ses opposants qui mettent en avant la doctrine traditionnelle de l’Eglise de se satisfaire de la damnation des divorcés « remariés », de vouloir les envoyer en enfer.
Ce faisant il s’appuie sur l’autorité du pape, assurant avoir rendu visite par deux fois à François qui serait comme lui dans l’attente d’un « synode pastoral », et dont il a obtenu l'accord.
La pratique n’aurait-elle donc pas d’influence sur la doctrine ? A en croire le cardinal, non – à ceci près qu’il insiste sur le fait que la doctrine doit être « approfondie », qu’elle n’est pas « fermée ». Pour Kasper, la doctrine n’est  pas en discussion mais « il s’agit de discuter de l’application de la doctrine aux situations complexes ».
A vrai dire, la logique est éprouvée : elle n’est pas si éloignée de la technique de l’argumentation autour de l’avortement qui s’appuie d’abord sur les « cas limites »  et raisonne sur l’exception.
Il ne faut pas pousser l’analogie trop loin, certes. Le cardinal Kasper ne justifie pas le divorce et ne cherche pas à le « légaliser » dans l’Eglise. C’est pourquoi il ne parle que du souci pastoral à l’égard de certains qui n’ont pas eu l’héroïsme de rester fidèles à leur conjoint après une rupture, un héroïsme qui « n’est pas pour le chrétien moyen » comme il l’a dit.
Cela suppose déjà de leur part une forme de repentance. C’est elle qui permettra de passer l’éponge pour que le divorcé engagé dans une nouvelle union puisse se sentir accueilli et non rejeté dans cette Eglise dont il regrette d’avoir enfreint les règles. Qu’il puisse donc communier, à la fois pour recevoir la grâce du sacrement et pour continuer de faire partie de la communauté.
Mais sur le plan humain, le fait de lever la sanction du refus de la communion dans certains cas, sans qu’il y ait eu de la part du divorcé « remarié » l’engagement de ne plus vivre en situation irrégulière (et là on peut légitimement imaginer différents types de solutions), relativise nécessairement l’interdit. Si on peut l’envisager, c’est donc que la rupture de l’alliance n’est pas si grave. Voilà qui dévalue fortement le mariage : ce mariage qui est image de l’union du Christ et de l’Eglise. Et par là même image de l’Eucharistie, du don que le Christ fait de Lui-même à l’Eglise.
A quoi il faut ajouter toute la richesse de la « Théologie du corps » développée par Jean-Paul II, montrant que l’amour sponsal, qu’il s’exprime dans la virginale union avec Dieu dans le célibat consacré, ou dans le mariage qui fait du couple humain l’image – la faible analogie – de la vraie Sainte Famille trinitaire, dans l’amour fidèle, fécond et qui donne tout, est au cœur du plan de Dieu sur l’homme.
C’est parce que ces réalités dépassent l’homme qu’elles lui imposent des contraintes qui peuvent sembler le dépasser aussi ; cela ne veut pas dire que les portes du paradis lui sont fermées à tout jamais s’il tombe ou échoue, puisque le pardon et la miséricorde de Dieu sont plus grands que tout. Mais la solution proposée par le cardinal Kasper consisterait pour le chrétien repentant non pas à rechercher de nouveau l’amitié avec Dieu – la grâce sanctifiante – en renonçant au péché, ou en demandant la grâce d’en avoir la force, mais de la supposer acquise et de « bien vivre » au sein de sa nouvelle union, de s’y ancrer, de s’y attacher au détriment de la réalité de la première ; la vraie.
Il me semble à ce propos qu’il y a une argumentation qui porte à confusion dans la présentation que [ici Kasper disait encore qu’elle ne l’était que « secondairement », NDLR] mais la grâce du Saint-Esprit, qui est donnée par la foi au Christ. Sans l’Esprit qui œuvre dans les cœurs, la lettre de l’Evangile est une loi qui tue (2, Cor. 3-6). C’est pourquoi l’Evangile de la famille ne veut pas être un poids mais bien, en tant que don de la foi, une joie nouvelle, lumière et force de la vie dans la famille. »
faisait le rapport du cardinal Kasper au consistoire de la loi divine sur le mariage. Il écrivait : « Pour Thomas d’Aquin, la loi de la nouvelle Alliance n’est pas une loi écrite,
Bien sûr. La loi de Dieu est une loi de vie qui ouvre au bonheur éternel. Et le joug du Christ est doux, et son fardeau léger. Il n’empêche : pour le pécheur moyen, arriver à ce constat suppose déjà une certaine avancée sur les chemins de Dieu, la capacité de résister aux passions mauvaises, le renoncement à bien des choses qui nous semblent agréables, désirables et tellement faciles !
Plus loin, le cardinal Kasper explique : « En tant qu’image de Dieu, l’amour humain est une chose grande et belle, mais il n’est pas de lui-même divin. La Bible démythifie la “banalisation” antico-orientale de la sexualité dans la prostitution dans les temples et condamne la débauche comme une idolâtrie.
Si un partenaire déifie l’autre et s’il attend de lui qu’il lui prépare le ciel sur la terre, alors l’autre, forcément, se sent trop sollicité ; il ne peut faire autre chose que de décevoir. A cause de ces attentes excessives bien des mariages échouent. La communauté de vie entre l’homme et la femme, ensemble avec leurs enfants, ne peut être heureuse s’ils l’entendent tous deux comme un don qui les transcende. »
Là encore, le diagnostic n’est pas faux, mais il semble bizarre d'y mêler les outrances du paganisme de manière à dévaluer le mariage. L'argument est-il utilisé pour justifier ces échecs qu’il va falloir constater et prendre en compte dans la nouvelle discipline ? Puisque les hommes ne sont pas des dieux ; puisqu’ils ne savent même pas qu’ils ne le sont pas, eh bien, soyons indulgents… Votre éminence, ne sommes-nous pas appelés à autre chose ? A savoir ce qui nous éloigne de Dieu, et ce qui nous en rapproche ? Pourquoi l’Eglise parle-t-elle de péché mortel – quel poids à porter ! – si ce n’est pour nous mettre en garde, et aussi pour nous aider à en sortir ?
Que les propos du cardinal Kasper, quoiqu’approuvés par le pape en ce qu’ils avaient ouvert le débat, aient provoqué des mises aux points d’ailleurs de plus en plus nombreux de la part d’autres cardinaux n’a donc rien d’étonnant ni d’inquiétant.
Mais Walter Kasper se pose de plus en plus en victime par rapport à ces purs.
Dans son interview à Il Mattino, il se plaint de ce que le livre à venir (en anglais chez Ignatius Press, ici, avec les signatures des cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra, De Paolis et Müller (de la Congrégation pour la doctrine de la Foi) et quelques autres ait été donné en avant-première à la presse, et non à lui. « C’est un peu étrange… »
Lui qui assure qu’il interviendra au synode, « mais comme un membre normal », est quand même irrité par leur démarche : « Ils me contestent parce qu’ils disent que le document de base est contraire à la Vérité ? »
[Ci-après la traduction de la suite de l’entretien, avec les questions d’Il Mattino en italique.]
— Que leur répondez-vous ?
— Nous sommes tous pour la Vérité.
— Même ceux qui la contestent ?
­— Eux prétendent savoir tout seuls ce qu’est la Vérité. Mais la Doctrine catholique n’est pas un système fermé, mais une tradition vivante qui se développe, comme l’a enseigné le concile Vatican II. Ils veulent cristalliser la Vérité dans certaines formules.
— Cristalliser la vérité, dites-vous. Par exemple ?
— Les formules de la tradition.
— Et quelle pourrait être la formule qui, selon vous, pourrait être cristallisée ?
­ — L’indissolubilité du mariage. Il est nécessaire de la vérifier dans des situations complexes. Moi, dans mon rapport au Consistoire extraordinaire, j’ai dit clairement que nous devions être honnêtes. Entre la doctrine de l’Eglise sur le mariage et sur la famille et les convictions vécues de beaucoup de chrétiens il s’est créé un abîme. La tâche du synode sera de parler de nouveau de la beauté et de la joie de la famille qui est toujours la même et qui est pourtant toujours nouvelle, comme l’enseigne Evangelii Gaudium.
— L’Eglise a le devoir de voir les situations complexes, affirmez-vous. Mais pourquoi alors ce livre de cinq cardinaux qui contestent vos ouvertures sur les thèmes de la famille ?
­— Je veux d’abord lire le livre.
Vous utilisez beaucoup le critère de la miséricorde. (…) Pourquoi insistez-vous tant sur cette théologie de la miséricorde ?
— Parce que la miséricorde est le thème central du message de Jésus. C’est le mot clef du Nouveau Testament. C’est le point central du message évangélique. La miséricorde n’annule pas les autres commandements.
— La famille demeure-t-elle la cellule naturelle de la société ?
La famille est la cellule centrale de la société et de l’Eglise.
— Mais le principe de la Création homme-femme demeure-t-il intact ?
— Certainement, il n’y a aucun doute à propos de ce principe.
­ — L’un des thèmes des plus graves accusations à votre propos, de la part de vos collègues cardinaux, est celui de la possibilité de donner la communion aux divorcés. Comment répondez-vous ?
­— Parmi les échecs des mariages il y a des situations qui sont très différentes entre elles. Il faut un discernement à propos de toutes les situations : une chose est la personne qui détruit délibérément une famille, autre est la situation où l’un des conjoints s’éloigne de l’autre. D’où la nécessité de discernement. Oui ; un discernement pastoral sur les situations. Je ne suis pas pour une ouverture acritique, généralisée, mais j’invite à évaluer les situations singulières. L’individualisme et le consumérisme contemporains, je l’ai toujours dit aux frères cardinaux au consistoire en février dernier, ont mis en cause la culture traditionnelle de la famille. Et l’Eglise est mise au défi de ces nouvelles situations.
— Au synode, qui prévaudront : les défenseurs à outrance de la Doctrine ou les théologiens de la pastorale ?
— J’espère que le synode se constituera d’un échange sérieux et tranquille sur les expériences pastorales. Les évêques sont les pasteurs de leurs Eglises et ils ne sont pas là pour une guerre idéologique.
Donc ce ne sera pas une guerre idéologique, selon le schéma classique conservateurs contre progressistes ?
— J’espère qu’il n’en sera pas ainsi. Le synode doit se demander, avant tout, comment l’Eglise peut aider au chemin dans l’histoire de l’homme contemporain. L’Eglise doit partager les joies et les espérances des hommes, les tristesses et les angoisses du monde.
— Certains, selon vous, veulent une guerre doctrinale ?
— Oui, certains veulent une guerre doctrinale, mais ce n’est pas cela, la tâche du synode. La Doctrine est claire. On ne la change pas, on l’approfondit et on l’applique aux situations complexes de l’homme contemporain.
— Comment approfondir les situations complexes ? Par exemple, le drame d’une famille divorcée qui a violé le sacrement du mariage indissoluble ?
— Les situations complexes, on les approfondit une à une. Personne ne doit juger, mais discerner. La lumière de l’Evangile nous aide au discernement dans toutes les situations concrètes, à la lumière de la miséricorde.
— Revenons au danger d’une guerre doctrinale au synode.
— Moi, je n’en veux certainement pas. Eux, peut-être, la veulent-ils. Moi, je pense à un synode pastoral.
­— C’est ce que veut le pape ?
— C’est clair. Le pape lui aussi veut un synode pastoral.
Vous attendiez-vous à cette polémique à propos de votre rapport de base au consistoire ?
— Je ne suis pas naïf. Je sais qu’il y a d’autres positions mais je n’ai pas pensé que le débat se transformerait, et qu’il se montrerait comme il le fait aujourd’hui sans allure. Aucun de mes confrères cardinaux n’a parlé avec moi. Moi, au contraire, j’ai parlé deux fois avec le Saint Père. J’ai convenu de tout avec lui. Il était d’accord. Que peut faire un cardinal, si ce n’est être avec le pape ? Je ne suis pas la cible, la cible est un autre.
— Le pape François ?
— Probablement oui.
— Que dites-vous, pour finir, à vos opposants ?
— Ils savent que je n’ai pas fait cette chose de moi-même. Je me suis mis d’accord avec le pape, j’ai parlé deux fois avec lui. Il s’est montré content. Maintenant ils font cette polémique. Un cardinal doit rester près du pape, à ses côtés. Les cardinaux sont les coopérateurs du pape.

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20 septembre, 2014

Titouan, le prématuré de Poitiers : euthanasie ou fin de vie respectée ?

L'agitation médiatique qui a entouré la courte vie et la mort du petit Titouan a été utilisé pour promouvoir l'idée de l'euthanasie. Né à 24 semaines, le 31 août dernier, le petit garçon avait reçu des soins de réanimation au CHU de Poitiers. À moins de 900 g, il avait peu de chances de s'en tirer. Mais grâce aux progrès de la médecine, le voici apparemment sauvé, grâce au ventilateur et à l'intubation qui compensent son incapacité à respirer de manière autonome. Fragile, il subit plusieurs hémorragies cérébrales, avec un risque de rester handicapé à vie.

C'est alors que, se prévalant de la loi sur la fin de vie – la loi Leonetti – ses parents vont se répandre dans les médias pour dire leur désaccord avec les soins prodigués à leur enfant. Ils assurent que l'équipe médicale ne les écoute pas, qu'elle fait de l'acharnement thérapeutique, qu'elle fait souffrir le petit garçon. Et ils demandent l'arrêt immédiat des soins.

L’équipe médicale, on le sait, refuse au motif que d'une part, Titouan ne reçoit pas de soins lourds, et de l'autre, qu'il n'est pas encore possible d'évaluer sa situation et les risques qu'il encourt du fait de sa grande prématurité.

Les médias vont prendre fait et cause pour Mélanie et Aurélien, les parents du petit garçon. Entrant clairement dans une logique euthanasique, ils emploient à l'encontre de ceux qui font le pari de la vie à peu près les mêmes arguments qu'ils réservent aux opposants de l'avortement ou de la mort choisie.
Pourtant il ne s'agit pas d'une affaire d’euthanasie.

À mesure que l'on a avancé les limites où il devient possible de sauver un prématuré, de vraies questions éthiques se sont posées. Est-on toujours obligé de réanimer ? Jusqu'à quel point ? Faut-il tenir compte du risque de très grands handicaps, et en ce cas « laisser partir » l’enfant ? S’agirait-il alors d'une mort délibérément infligée ?

En fait ces cas ne sont pas si rares dans les hôpitaux français où les équipes de néonatologie ont tendance à tout faire pour essayer de sauver les grands prématurés. Et en règle générale, les décisions d’arrêt de soins lourds sont pris en accord avec la famille.

Que c'est il passé dans l'affaire de Titouan ? Il y a sans doute dans cette affaire des dimensions personnelles qui ne seront jamais connues. Mais on sait que ses parents ne voulaient pas d'un enfant lourdement handicapé. Ils voulait qu'on mette fin à ses souffrances. On est là déjà dans une logique d’euthanasie, renforcée par les déclarations pour le moins maladroites d’un néonatologiste de Bordeaux, Christophe Elleau, affirmant qu'il n'est « jamais d'urgent de tuer, d’autant que c’est irréversible ». 

En réalité, on voit mal comment on peut parler ici d’euthanasie car justement il n'est pas question de poser un acte qui a pour but d'entraîner la mort, mais de s'incliner devant une situation où la médecine, malgré des efforts extraordinaires, ne fait que prolonger de la vie par des moyens disproportionnés. 

Pour en être sûrs toutefois, les médecins avaient besoin de savoir si le petit Titouan n’allait pas s'en sortir. C'est une loterie, il y a des enfants plus résistants que d'autres qui dans sa situation, supportent bien la réanimation et finissent par retrouver une vie normale fût-ce avec un petit handicap. Ou même un gros ; mais l'hémiplégie n'est pas incompatible avec la vie. 

Dans le cas de Titouan, jeudi – au bout de quelques semaines de vie – une dégradation de son état a semble-t-il fait comprendre aux médecins que les efforts de réanimation allaient – mais allaient seulement à partir de ce moment-là – devenir disproportionnés par rapport à son état. En accord avec la famille cette fois, ils ont décidé d’« accompagner la fin de vie » du petit garçon. Cela ne veut pas dire qu'ils ont cessé des soins en vue de le faire mourir, mais qu'ils ont retiré la ventilation artificielle qui aurait pu lui faire passer le cap de sa grande prématurité. Pour reprendre les termes de la loi Leonetti, c’eût été de l’« obstination déraisonnable ».

L'histoire ne dit pas si Titouan a ensuite respiré de manière autonome. S'il y était parvenu de manière durable, il aurait selon toute probabilité était soigné car il semble bien qu'il n'y ait eu aucune intention de le faire mourir. Il s'agissait de laisser la nature suivre son cours.

Le docteur Alain de Broca, neuropédiatre et spécialiste de l'éthique médicale au CHU d’Amiens, a bien voulu éclairer cette affaire pour les lecteurs de ce blog ; il est également spécialiste des soins palliatifs et de la notion d'autonomie dans la décision médicale :

« Le cerveau des grands prématurés et comme du parchemin. C'est le processus de maturation lui-même qui provoque des hémorragies. Selon la gravité, elles peuvent être résorbées, et l’enfant grandira, ira à l'école, fera des bêtises comme les autres. Elles peuvent au contraire causer de graves lésions, ou même de très graves lésions. Dans ce cas les techniques extrêmes n’apporteront plus de bénéfices. Et alors ce n'est pas tant la question de l’arrêt du traitement qui se pose, que celle de la mettre en place, ou non, chaque jour étant l'occasion d'une réitération de la décision. Et alors il nous faut accepter que nous n'avons pas la toute-puissance thérapeutique. »

Il en va de même pour le grand cancéreux qui pourra préférer renoncer à une chimiothérapie invasive qui le fera souffrir sans apporter une réelle amélioration.

C'est une décision, a-t-il ajouté, que le médecin ne peut pas prendre seul et en dernier ressort, quoi qu’en dise la loi Leonetti, car il est important justement que les parents y soient associés. Il ne s'agit pas d'une décision de mise à mort, mais bien d'une abstention par rapport à des moyens déraisonnables. « Les parents le comprennent bien en général. »

Le débat, en réalité, ne porte pas sur l’euthanasie, mais sur le fait de ne pas mettre en oeuvre des moyens qui prolongent artificiellement la vie, étant posé ce point capital rappelé par le docteur de Broca : « Ce n’est pas nous qui arrêtons la vie, c’est la maladie. »

Il a également souligné combien il est important que l'enfant, que le prématuré, ne voie pas sa vie abrégée délibérément. Il y a une différence entre s’incliner devant ce qui est devenue inévitable et prendre la décision de tuer. Ces jours de vie sont importants, ils peuvent permettre à la famille, aux oncles, aux tantes, aux grands-parents, de connaître l'enfant, de le laisser s'inscrire dans l'histoire familiale, explique-t-il. Et le deuil est moins difficile alors. « On ne peut pas bien lui dire au revoir qui si on a bien dit bonjour. » Si ce n’est pas le cas, « le deuil sera souvent pathologique »… « Il est important d’accompagner cet enfant qu’on a pu embrasser : le deuil ne se fait bien que si on a fait un bon lien », souligne le docteur de Broca. Le deuil se passe mieux, aussi lorsque l'enfant meurt dans les bras de ses parents, a-t-il constaté : cela les aide à accepter la folie de sa mort. 

Cela montre que le respect de la vie est dans l'ordre des choses, on souffre davantage de vouloir escamoter les souffrances qui sont bien là.

Reste un paradoxe, c'est lui de l’avortement médical possible jusqu'à la fin de la grossesse, qui permet d'éliminer des enfants moins gravement handicapés qui après la naissance aurait été soigné le mieux possible.

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18 septembre, 2014

Emouvante interview de Myriam Ibrahim, la jeune chrétienne Soudanaise qui a échappé à la pendaison

« La foi, c’est la vie. Si vous n’avez pas la foi, vous n’êtes pas vivant. »

Myriam Ibrahim, la jeune femme qui a échappé à une sentence de mort au Soudan où elle avait été condamnée pour apostasie et adultère, vit désormais aux Etats-Unis avec son mari, citoyen américain, et ses deux enfants. Sous la pression internationale, une cour d’appel soudanaise s’est vue contrainte de lever la condamnation.
Rappelons qu’en France, c’est Chrétienté-Solidarité, sous l’impulsion de Bernard Antony, qui a organisé une manifestation pour Myriam Ibrahim devant l’ambassade du Soudan, le 26 mai. La seule, semble-t-il.
Myriam Ibrahim a donné sa première interview à Megyn Kelly, de Fox News. L’entretien, diffusé le 15 septembre, est superbe et émouvant. Il est visible ici. Pour les non anglophones, je vous propose ici la traduction de leurs échanges. – J.S.

Pour voir la vidéo, cliquez ici.

— Myriam, c’est magnifique de vous voir ici.
— Je suis heureuse d’être ici avec vous.
— Vous avez été incarcérée alors que vous étiez enceinte de plusieurs mois. Vous aviez déjà un petit garçon d’un peu plus d’un an au moment de votre emprisonnement en janvier 2014. À quoi pensiez-vous dans votre cellule de détenue ?
— La situation était difficile mais j’étais sûre que Dieu resterait à mes côtés. Je ne me suis appuyée que sur ma foi, sûre que Dieu serait là à n’importe quel moment et dans n’importe quelle situation.
— Il n’a fallu que six semaines pour qu’on vous déclare coupable d’apostasie et d’adultère. Vous ont-ils donné la possibilité de renoncer à votre foi chrétienne?
On m’a donné trois jours. En outre, des personnes de l’association des savants de l’islam sont venues me voir dans ma cellule. C’étaient des imams qui m’ont récité des sourates du Coran. Je faisais face à des pressions énormes.
— Mais vous avez refusé. Vous étiez enceinte, vous aviez un petit garçon d’un an qui était avec vous dans la cellule de prison : n’a-t-il pas été très difficile de rester fidèle à votre foi ?
— J’avais pour moi la confiance en Dieu : la foi était ma seule arme au cours de ces confrontations avec les imams, car c’est ce que je crois…
— Pourquoi n’avez-vous pas tout simplement dit ce qu’ils avaient envie d’entendre, pour sauver votre vie ?
— Si je l’avais fait, cela aurait été la même chose que de tout abandonner. Cela n’est pas possible parce que ce n’est pas vrai. C’est mon droit de suivre la religion de mon choix. Je ne suis pas la seule à avoir souffert d’une telle situation : il y a beaucoup de Myriam au Soudan et à travers le monde. Il n’y a pas que moi, je ne suis pas la seule.
— Pensiez-vous qu’ils vous tueraient ?
— La foi, c’est la vie. Si vous n’avez pas la foi, vous n’êtes pas vivant.
— Douze jours après que fut prononcé la sentence de mort, vous avez donné naissance à Maya, en prison. Dites-nous dans quelles conditions cela s’est passé.
— Maya est née dans des circonstances difficiles. Je devais accoucher à l’hôpital mais ma demande a été rejetée. A l’heure où je devais donner naissance ils ont refusé d’enlever les chaînes de mes chevilles et j’ai dû accoucher entravée. Ce fut difficile.
— Quel noir moment cela a dû être. Vous vous trouvez dans cette prison Soudanaise, vous tenez votre nouveau-né dans vos bras, votre petit garçon est là près de vous, vous savez que vous êtes condamnée à mort. Comment avez-vous réussi à faire face?
— C’était une situation très difficile mais j’avais ma foi en Dieu. Je savais qu’Il m’aiderait, qu’Il savait que j’étais victime d’une injustice. C’est mon droit de pratiquer la religion de mon choix.
— Comment voyez-vous ce que le gouvernement des États-Unis a fait pour vous?
— Au départ avant mon incarcération Daniel et moi sommes allés au consulat des États-Unis. Le consul a refusé de nous parler et d’entendre les détails de l’affaire. Cette femme a refusé de s’occuper de nous et nous a dit d’aller voir auprès des Nations unies. Cependant l’ambassadeur Jerry Lanier m’a soutenue et son soutien a vraiment changé ma vie.
— Finalement sous la pression internationale une cour d’appel vous a libérée. Quel effet vous a fait cette nouvelle?
— J’ai ri, j’ai pleuré, j’étais très heureuse.
— A l’aéroport ils ont essayé de vous empêcher de quitter le Soudan mais pour finir vous y êtes parvenue. Vous avez fait route pour l’Italie en compagnie du ministre délégué des affaires étrangères, qui à quelques minutes de l’atterrissage à Rome a envoyé un message : « Mission accomplie. » Puis vous avez rencontré le pape. Cela a du être surréaliste.
— J’étais très heureuse. Je n’ai aucun problème avec personne. Je n’ai commis aucun crime. La seule chose dont je sois coupable, c’est d’avoir voulu vivre ma vie conformément à mes choix.
— Avez-vous été triste de quitter le Soudan, malgré tout?
— Oui, cela était triste car c’est le pays où je suis né. Mon peuple, mes amis, mes voisins sont tous là-bas, et ma vie est profondément enracinée au Soudan. Malgré toutes les souffrances, et toutes les circonstances difficiles – on s’y habitue.
— Parlons de l’islam. Le Soudan est le théâtre régulier de persécutions envers les chrétiens. Elles n’ont rien d’inhabituel. 88 % des filles subissent des mutilations génitales. Quelle est selon vous la dangerosité de l’islam radical?
— Comme je l’ai dit, j’ai mis ma vie dans la balance pour les femmes du Soudan. J’étais très près d’elles et je ressentais leurs souffrances. J’ai partagé avec elles les conditions difficiles de la prison et de la vie en général. En ce qui concerne la situation des chrétiens, c’est un fait bien connu que leur vie est difficile, qu’ils sont persécutés, traités avec dureté. Ils ont peur de se dire chrétiens par crainte de la persécution. Parfois des chrétiens qui se trouvent en prison en raison de difficultés financières s’entendent dire que le gouvernement remboursera leurs dettes s’ils se convertissent à l’Islam. Je n’ai jamais été musulmane. J’ai toujours été chrétienne. Si vous êtes chrétien et que vous vous convertissez à l’islam, cela deviendra difficile de le quitter : si vous le faites vous encourrez la peine de mort.
— Vous vivez désormais aux États-Unis, dans le New Hampshire. Comment cela se passe-t-il?
— Pour l’instant je n’ai pas encore une vie stable. Mais c’est mieux que la prison.
— Merci ! (Rires). Avez-vous encore le sentiment d’être en danger ?
— Oui.
— Comment cela ?
— Parce que j’ai à l’esprit une image très vive de la situation au Soudan.
— Et comment vont vos enfants ici ?
— Mes enfants sont très heureux d’être avec leur père, ensemble, comme une famille.
— Comment voyez-vous l’avenir, Myriam ?
— J’aimerais aider les gens au Soudan, en Soudan, spécialement les femmes et les enfants ; j’aimerais promouvoir la liberté de la religion.
— Et à ceux qui vous considèrent comme une héroïne pour les chrétiens ? Que leur dites-vous?
— Je leur dis: merci pour votre soutien et pour vos prières. Mais j’ai toujours besoin de soutien. J’ai besoin de prières. J’ai besoin du soutien des autres.
— Et vous les aurez. Je vous souhaite tout ce qu’il y a de mieux pour vous et votre famille.
(Avec un radieux sourire.) Merci. Merci beaucoup.

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17 septembre, 2014

La contraception, pas si sûre ! Des rappels fondamentaux

Un journal peu suspect de complicité avec les défenseurs de la vie, le New York Times a publié samedi les résultats d’études sur le long terme de l’efficacité des moyens de contraception ou d’espacement des naissances. Elle est à connaître, puisque l’analyse des chiffres démontre à elle seule le lien intrinsèque entre contraception et avortement – quand la propagande habituelle veut faire croire que là où la contraception progresse, l’avortement régresse.
L’article, signé Gregor Aisch et Bill Marsh, s’appuie sur les données de James Trussell de l’Office of Population Research, université de Princeton, et de la Brookings Institution, l’un des plus anciens think tanks américains, spécialisé dans les sciences sociales. Il s’agit d’une présentation très visuelle des taux d’échec des différentes formes de contraception, que je vous invite à aller voir à la source et à conserver, tant elle met en évidence le caractère inévitable de la survenue de « grossesses non désirées ».
L’efficacité d’un moyen contraceptif est exprimée dans l’article par le pourcentage de femmes qui auront une grossesse non désirée sur une période de dix ans dans le cadre de son utilisation habituelle. Ordinairement, les taux d’échec sont évoqués pour une période d’un an mais bien sûr, plus la durée augmente, plus le nombre de femmes qui concevront augmente aussi.
Utilisation habituelle ne veut pas dire parfaite : il est très rare, précisent les auteurs, que les couples se conforment systématiquement, surtout sur une période aussi longue, aux conditions optimales d’utilisation ; et puis il y a les défaillances de diverses sortes. Pour chaque moyen étudié, on trouvera donc sur les graphiques très parlants publiés par le New York Times le taux d’échec en cas d’usage « parfait » et en cas d’usage « habituel » et donc le plus conforme à la réalité.
Pour les spermicides, au bout de 10 ans, ces pourcentages sont de 86 % en usage parfait et de 96 % en usage habituel. Voici quelques autres pourcentages :
• Méthodes d’auto-observation : 26 % et 94 %
• Préservatif masculin : 18 % et 86 %
• Pilules, patches, anneaux vaginaux : 3 % et 61 %
• Depo-Provera (contraceptif longue durée) : 2 % et 46 %
• Stérilet (méthode contragestive) : 6 % et 8 %
• Stérilisation féminine : 5 % dans tous les cas
• Stérilisation masculine : 2 %
• Implant hormonal : 1 %.
Bref, aucune méthode n’est absolument efficace.
Et dans l’ensemble, on peut noter que pour les méthodes sans doute les plus répandues, comme la pilule ou le préservatif, largement plus d’une femme sur deux aura une grossesse en 10 ans d’utilisation : combien en 30 ans ?
Toutes ces méthodes – à l’exception des différentes formes d’auto-observation – ont pour point commun le refus de l’enfant par principe. Cela explique que dans un pays comme la France, quelque 70 % des « IVG » sont pratiquées sur des femmes utilisant une forme de contraception. Si celle-ci « rate », l’avortement est alors un simple moyen de rattrapage.
Les méthodes d’auto-observation, dites aussi « méthodes naturelles » sont celles – hormis le contraceptif masculin – qui affichent une plus grande distance entre l’utilisation parfaite et l’utilisation « typique ». Ici quelques remarques s’imposent : il y a plusieurs méthodes d’auto-observation, certaines plus exactes que d’autres, et plusieurs moyens de les utiliser. Soit en ayant recours à l’abstinence aux jours féconds, dans le refus cohérent de toute contraception artificielle, soit en utilisant ces jours-là des moyens en eux-mêmes peu efficaces comme le retrait ou le préservatif. C’est en tout cas ce type de régulation des naissances qui, seul, peut être compatible avec un esprit d’ouverture à la vie.
Autre remarque, et elle me semble importante : que ce soient les pilules, les préservatifs ou autres contraceptifs de courte durée, elles affichent un taux d’échec assez important et ce sont donc elles que l’on retrouve chez ces femmes qui avortent « malgré » la contraception.
En revanche, ce qui fonctionne vraiment bien aux dires des partisans du contrôle de la population, outre la stérilisation qui est irréversible en principe, ce sont les dispositifs intra-utérins au cuivre ou au levonorgestrel ou, mieux encore, l’implant hormonal (enfin : pas toujours).
Une large couverture contraceptive par ces moyens aurait indubitablement des effets sur le nombre de grossesses non désirées et pousserait sans doute les avortements à la baisse, apportant de l’eau au moulin des partisans de la contraception pour « éviter » les avortements. En passant par pertes et profits, évidemment, les avortements très précoces provoqués par la fonction anti-nidatoire de nombre de ces méthodes.
Quoi qu’il en soit, on assiste depuis plusieurs années à une promotion forte de la contraception de longue durée, ce qui explique peut-être pour partie que la dénonciation de la contraception orale soit devenu enfin un thème accepté dans la grande presse, alors que sa nocivité était bien documentée au moins depuis la parution du livre d’Ellen Grant, Amère pilule, en 1985.
Faut-il s’en réjouir ? Les contraceptifs de longue durée, par définition, marquent un refus de la vie plus absolu que les autres et sont le reflet d’une mentalité de plus en plus gangrenée par la culture de mort. Elles bouleversent encore plus profondément l’état physique – et pourquoi pas psychique ? – des femmes, en les stérilisant durablement, c’est-à-dire en empêchant volontairement leur corps de fonctionner de manière saine. Ce faisant elles déresponsabilisent encore davantage que ne le font les autres contraceptifs artificiels.
Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour la société.
Merci au site pro-vie canadien de Suzanne Fortin, bloggueuse catholique attentive et avisée, à qui je dois cette info : voir ici.



 
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