19 décembre, 2014

Le Mozambique légalise l’avortement

Armando Guebuza avait d'abord opposé son veto à la loi.
Le Mozambique est devenu jeudi l’un des seuls pays Africains à autoriser largement l’avortement, un coin enfoncé dans la culture largement  pro-vie du continent noir. C’est en toute discrétion que le président Armando Guebuza a signé la loi révisant le code pénal qui dépénalise les avortements pratiqués au cours des 12 premières semaines de grossesse, pourvu qu’ils soient pratiqués dans des centres de santé reconnus et désignés par les pouvoirs publics, par des praticiens qualifiés.
La femme doit soumettre une demande écrite et l’avortement sera possible dans la mesure où la grossesse représenterait un risque pour sa vie ou sa santé physique, psychologique ou mentale. La raison officielle de cette légalisation est la lutte contre la mortalité liée aux avortements clandestins.
Le délai de l’avortement légal est étendu à 16 semaines en cas de viol ; à 24 semaines pour les cas de malformation fœtale sévère.
Le président Guebuza avait opposé son veto dans un premier temps, obligeant le Parlement à se prononcer de nouveau sur le texte : il fut adopté à l’unanimité le 28 novembre dernier.
L’Eglise catholique dans ce pays qui compte 28 % de catholiques n’a pas pu empêcher l’adoption de la loi par le Parlement en juillet. Des partisans de l’avortement légal expliquaient en octobre que la surprenante facilité avec laquelle la nouvelle loi a été votée a été « aidée » par le fait qu’« après l’indépendance en 1975, le régime laïque marxiste de Frelimo a raboté l’influence et le pouvoir de l’Eglise ».
Le même article explique qu’en l’absence de loi, une directive ministérielle de 1987 avait facilité l’avortement procuré dans certains grands hôpitaux. « Dans la province de Gaza, un projet avait permis de former les infirmières à la pratique des avortements (…). Lorsqu’un directeur catholique a repris la main, il a mis fin à ces services. » De là date le militantisme féministe accéléré en faveur d’une loi.
Les seuls autres pays africains autorisant l’avortement sont le Cap Vert, l’Afrique du Sud et la Tunisie.
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Australie : un avortement à 28 semaines pour une malformation de la main

Photo : LifeSite. Voir ici l'article sur cette affaire.
La presse australienne conte la terrible histoire d’un avortement pour une malformation génétique non mortelle, opérable, à 28 semaines de grossesse : le « fœtus » était un enfant qui aurait certes été prématuré s’il était né vivant, mais qui était parfaitement viable. Et le Sydney Morning Herald ne s’émeut pas tant de la mort de cet enfant que des difficultés rencontrées par le couple pour obtenir son avortement tardif.
La malformation a été découverte lorsque la grossesse était à 23 semaines : l’échographie a révélé une ectrodactilie à la main gauche : l’absence d’un ou plusieurs doigts et une main en forme de pince. Cela ne se guérit pas mais s’opère et se soigne.
Cindy et Frank, les deux parents, n’avaient qu’une idée : obtenir l’avortement de leur enfant à naître. Ils se plaignent de ce que les échographies de contrôle aient tardé pour des raisons « bureaucratiques ». Et de s’être entendu dire, une semaine après la découverte de la malformation, que l’avortement ne serait pas autorisé. La loi du New South Wales indique bien que l’avortement est possible en cas de malformation, mais exige qu’il soit tenu compte des perspectives de survie de l’enfant qui, dans le cas présent, étaient excellentes.
« J’étais vraiment, vraiment déprimée », raconte Cindy. « Je ne pouvais penser à rien d’autre qu’au bébé, j’avais l’impression d’avoir été abandonnée. » Elle explique qu’elle a grandi en Chine, où les handicapés sont victimes de « discrimination ». « Je ne voulais pas que mon enfant soit victime de discrimination. Le problème est… très visible puisqu’il s’agit des doigts, et je pense que l’enfant aurait eu une vie très difficile. » Elle s’est sentie « coupable » du handicap du bébé.
Pour finir, celui-ci a été tué à plus de six mois et demi avec l’accord de l’équipe médicale qui a renvoyé le couple vers le Royal Prince Alfred Hospital de Sydney.
Ainsley Newson, spécialiste en bioéthique, explique que la distinction entre malformations graves et légères est subjective : « Il n’y a pas de consensus clinique ou éthique, et des personnes différentes vont réagir différemment devant un diagnostic. » Zone grise de la loi : l’avortement tardif est un crime passible de 10 ans de prison dans le New South Wales, s’il n’est justifié par un « risque grave pour le bien-être physique, émotionnel, ou social » de la femme. Avec la multiplication des diagnostics prénataux et les progrès de la médecine qui sauve les prématurés de plus en plus tôt, « nous devons nous demander comment équilibrer au mieux le besoin justifiable du choix reproductif avec la promotion d’une bonne connaissance du handicap et de la différence », assure-t-elle. Protéger d’abord la vie ? Pas question…
L’article cite également Lachlan de Crespigny, professeur à l’université de Melbourne, qui s’insurge contre les refus d’avortement opposé à Cindy et Frank. « Après 20 semaines tout dépend d’où vous avez la chance de tomber. Les médecins ont peur, car personne ne comprend la loi – et ce sont les femmes qui sont perdantes. » Il estime injuste de décider d’un avortement d’après les chances de survie de l’enfant : « Les femmes ont les mêmes droits que le reste de la population en ce qui concerne l’utilisation de leur corps : faut-il y considérer la femme enceinte, quelqu’un qui n’aurait pas ce droit de choisir et qui doit porter ce fœtus – est-ce à l’Eglise catholique ou au parlement de décider à sa place ? »
Il souligne – avec justesse – que la création d’un délai où l’avortement est légal ne répond qu’à des facteurs techniques, et non à un changement de statut du fœtus. Distinguer entre avortement précoce et tardif est « arbitraire », comme on l’a reconnu dans l’Etat australien de Victoria, parce qu’à aucun moment, le fœtus ne change de manière définitive et déterminante, a-t-il expliqué.
C’est exact. Mais il reste que bien des personnes favorables à l’avortement reculent lorsqu’il s’agit de mettre à mort un enfant parfaitement formé, qui pourrait vivre de façon autonome. La différence d’appréciation n’est pas logique, elle est humaine. Ajoutons qu’en toute logique – et en pleine humanité pour le coup – l’opposition aux avortements tardifs devraient entraîner l’opposition à l’avortement tout court.
Frank et Cindy ont indiqué qu’ils étaient tristes mais soulagés. « Tout cela nous a semblé très inhumain », a indiqué le jeune homme. « On nous a dit que notre seule option était de donner naissance à un bébé à qui nous ne voulions pas du tout donner naissance. Nous avions le sentiment d’être oubliés et abandonnés en raison de l’imprécision politique et juridique des lois d’avortement. »
Le plus étonnant est le manque de sens du respect de la vie de leur propre enfant de ce jeune couple : celui-ci a cru bien faire en lui évitant d’hypothétiques souffrances et plus encore le regard négatif d’autrui, sans se rendre compte que la mise à mort est la plus radicale des discriminations. Voilà où mène la culture de mort : à la perte individuelle et collective du sens des plus élémentaires devoirs d’humanité.

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Brésil : la justice autorise un avortement sur une fillette violée ; les médecins l’estiment trop dangereux pour elle

Le bureau de l’enfance et de la jeunesse du tribunal de Bauru (Etat de São Paulo) a autorisé cette semaine un avortement sur une fillette de 12 ans, enceinte après avoir été violée par son oncle : une première pour ce tribunal mais non pour le Brésil où la loi prévoit qu’en cas de viol l’avortement puisse avoir lieu avec l’accord de la justice. Mais en l’occurrence, la jeune fille est enceinte de 5 mois et les médecins ont estimé que la procédure était bien trop dangereuse : c’est elle qui a décidé de ne pas s’y soumettre.
Elle vivait avec sa mère et son oncle et entretenait avec celui-ci des relations sexuelles consenties depuis des temps indéterminés, dans une grande « harmonie » comme devait l’expliquer la fillette ; sa mère était au courant. Mais consenties ou non, lorsque la jeune fille a moins de 14 ans elles sont considérées comme un viol sur personne vulnérable, à plus forte raison lorsque l’homme adulte qui s’y livre a une relation d’autorité à l’égard de la victime. La mère a perdu la garde de sa fille, l’oncle est en prison, et la fillette a été placée dans une famille d’accueil.

Malgré l’autorisation judiciaire d’avorter, les médecins de la maternité Sainte-Isabelle qui avaient été sollicités pour pratiquer l’intervention ont expliqué à la jeune fille les dangers d’un avortement aussi tardif. Il peut avoir des « conséquences irréversibles », ont-ils souligné.
Douglas Aprobato Simões, directeur clinique de la maternité, précise : « Ce fœtus est déjà formé. Il peut entendre. Tout son petit corps est formé, il a toute sa structure osseuse, il pèse déjà quelque 400 grammes. Déclencher le travail, l’avortement lui-même constitue une procédure traumatique pour cette fillette et les choses peuvent échapper au contrôle : il peut y avoir une hémorragie, une chirurgie d’urgence, et même, au pire des cas, elle peut perdre son utérus. » Les médecins peuvent en effet se prévaloir d’une disposition qui leur permet de refuser l’avortement s’ils estiment que celui-ci peut causer de graves dommages à la santé de la mère. »
La décision appartient au corps médical, a confirmé le responsable de la commission des droits de l’enfance et de la jeunesse, dont la parole est déterminante par rapport à la « viabilité de l’avortement ».
Une vie sauvée. Une fillette sauvée du traumatisme post-avortement. Les féministes brésiliennes – qui déjà contestent la nécessité de passer par la justice pour autoriser les avortements pour viol – vont-elles oser dénoncer ce « paternalisme »… bienfaisant ?

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17 décembre, 2014

Avortement : la Cour suprême d’Ecosse refuse l’objection de conscience aux sages-femmes

Connie Wood et Mary Doogan.
A elles deux, elles ont mis plus de 10.000 bébés au monde.
Deux sages-femmes écossaises, Mary Doogan et Connie Wood, ont vu rejeter leur demande de reconnaissance de leur droit de ne pas superviser des avortements pratiqués en salle de travail par la Cour suprême d’Ecosse ce mercredi matin. Catholiques toutes deux, étaient en conflit depuis plusieurs années avec le « National Health Service » – NHS, le service public britannique de la santé – de leur secteur, qui cherchait à les obliger à exercer une surveillance hiérarchique de leurs subordonnées dans les procédures d’avortement. Une mesure perçue comme vexatoire alors que les avortements ne représentent qu’une petite partie de la charge de travail dans leur service à l’hôpital de Glasgow qui les emploie : il aurait été très facile d’aménager leur travail afin que leur droit à l’objection de conscience puisse être respecté.
Une cour d’appel d’Edinbourg avait donné raison aux deux sages-femmes l’an dernier, affirmant que Mary Doogan et Connie Wood pouvaient au titre de l’objection de conscience récuser toute forme de participation à l’avortement, y compris la surveillance hiérarchique d’autres personnes qui le pratiqueraient.
Les deux femmes ont réagi en soulignant que la décision de la Cour suprême aboutit à un aménagement de la clause de conscience « qui la rend désormais en pratique sans objet pour les sages-femmes responsables d’une salle de travail ».
L’archevêque catholique de Glasgow, Philip Tartaglia, qui est également président de la conférence des évêques d’Ecosse, a aussitôt déclaré au Scottish Observer : « Je suis consterné et déçu par cette décision de la Cour suprême qui a des répercussions fondamentales sur le droit de chaque citoyen de ce pays d’agir en accord avec sa conscience sur son lieu de travail. Cette affaire n’a jamais été celle du bien-fondé ou non de l’avortement. Ce n’était pas non plus une affaire de religion. Il s’agissait du droit du citoyen ordinaire de voir sa conscience respectée dans la société et au travail. La société tout entière est devenue plus pauvre, moins respectueuse et moins tolérante à cause de cette décision. »
Il souligne – involontairement sans doute – les limites imposées au débat sur l’avortement par l’approche de l’objection de conscience, qui se place forcément sur le plan relatif : le subjectivisme des uns face aux exigences imposées par les autres, les plus forts. On en oublierait que l’objection de conscience n’a de sens que devant des pratiques objectivement rejetées par la conscience au titre d’un interdit moral général. En l’occurrence : « Tu ne tueras pas. » C’est l’existence de cet interdit moral qui explique que l’objection de conscience par rapport au service militaire, par exemple, ait pu être pris en compte. Ne pas porter le débat sur ce plan, c’est déjà une forme de défaite.
La SPUC (Société pour la protection de l’enfant à naître, plus ancienne et plus importante association pro-vie britannique) a soutenu les deux sages-femmes dans leur combat judiciaire, prenant notamment à sa charge les frais judiciaires. Elle a réagi en dénonçant les termes très larges de la décision qui font peser de nouvelles menaces sur les professions de santé britanniques. Son secrétaire général, Paul Tully, a publié ce communiqué :
« La SPUC reconnaît l’immense dette de toute la communauté pro-vie à l’égard de Mary Doogan et Connie Wood qui ont mené ce combat pendant ces sept dernières années. Elle se sont battues non seulement pour leurs propres carrières, mais pour tous les membres actuels et à venir de la professions qui voudraient défendre le droit à la vie de chacun, depuis l’instant de la conception, sans discrimination. Nous sommes amèrement déçus pour elles. 
La décision de ce jour rend probable, malheureusement, que des sages-femmes en poste de responsabilité qui refusent de tuer des bébés doivent quitter leur profession. Les sages-femmes plus jeunes pourront peut-être encore exercer dans des salles de travail où se pratiquent des avortements mais elles seront au  mieux limitées au statut de “membre du staff”. Elles pourraient facilement être placées dans une situation impossible par des supérieurs pro-avortement, et ne pourraient bénéficier d’une promotion à un poste de responsabilité sans craindre de devoir violer leur conscience. Cela aura des répercussions pour toute personne qui s’oppose à l’avortement, qu’elle professe une religion ou qu’elle n’en professe aucune. Cela créera un statut de seconde classe parmi les sages-femmes pour celles qui se limitent à mettre les bébés au monde et qui ne les tuent pas. 
En outre, la Cour a saisi l’occasion de cette affaire pour décider que la clause de conscience de la loi sur l’avortement ne s’appliquait pas aux généralistes, et que les médecins hospitaliers à qui l’on demandera de prescrire des produits abortifs ne seront pas davantage couverts par la clause de conscience. Nous prévoyons que cela conduira à des efforts renouvelés de la part de la hiérarchie des services de santé pour contraindre les médecins ayant une objection de conscience par rapport à l’avortement, soit à compromettre leur respect de la vie humaine, soit à quitter la profession. SPUC soutiendra les médecins et les encouragera à résister à de telles manœuvres d’intimidation. 
Le lobby de l’avortement a longtemps soutenu que les objecteurs de conscience devaient être contraints à renvoyer les femmes cherchant à obtenir un avortement légal vers d’autres praticiens. Des institutions comme le Département de la santé ont restreint le champ de cette obligation en affirmant que cela ne vat que lorsque les conditions légales pour un avortement sont réunies, mais la Cour suprême a décidé que tout professionnel de la médecine qui refuse de procurer un avortement doit renvoyer la patiente vers quelqu’un qui soit disposé à le pratiquer. Cela semble dépasser de très loin le champ de la loi sur l’avortement, et en outre il ne s’agit même pas d’une question sur laquelle la Cour avait à décider dans cette affaire. 
La Cour a pourtant déclaré que les sages-femmes et les médecins qui sont objecteurs de conscience sont obligés de renvoyer les patientes qui réclament l’avortement vers des collègues qui ne sont pas objecteurs. Cela va plus loin que le Conseil général de la médecine dont les directives actuelles affirment que les médecins doivent renvoyer la patiente vers un autre médecin, mais sans exiger qu’ils vérifient que ce dernier soit certifié “pro-avortement”. »

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16 décembre, 2014

Finances de l'Eglise d'Allemagne, deux poids deux mesures, un éclairage sur le synode

Hilary White
Je vous propose ci-dessous ma traduction d’un article très éclairant de Hilary White paru lundi soir sur LifeSite. Il met en lumière les choix très orientés d’un certain épiscopat allemand, laxiste à l’égard de la morale mais intraitable pour ceux qui ne paient pas la taxe pour financer l’Eglise. Ils tiennent aujourd’hui le haut du pavé. Ils sont joué un rôle de premier plan au synode pour la famille. J’ai intégré dans la traduction les liens donnés par Hilary White pour soutenir son article. – J.S.
D’aucuns se demandent pourquoi les médias allemands et même les médias du monde entier traquent sans relâche l’évêque conservateur Mgr Franz-Peter Tebartz-van Elst, « l’évêque du bling », ce qui a conduit à sa révocation en 2013 par le pape François, alors que des évêques libéraux et beaucoup plus dépensiers bénéficient du silence. Tebartz-van Elst a été attaqué à propos de la reconstruction d’un centre diocésain pour un coût de 31 million d’euros, alors que le cardinal Reinhardt Marx, qui penche à gauche, l’un des principaux conseillers du pape François, dépense 130 millions d’euros – et ce n’est qu’un début – pour un centre de services diocésain dans son diocèse de Munich-Freising.
Selon le service d’information allemand AZ, le bâtiment Munichois avait été acheté à l’origine par le prédécesseur de Marx pour 86 millions d’euros, et devait bénéficier d’une rénovation à hauteur de 39,8 millions. Les travaux ont commencé en 2011, à un coût estimé de 42,15 millions d’euros, près de 10 millions de plus que le coût final de la rénovation « scandaleuse » du Limbourg. Depuis lors les dépenses ont explosé sans qu’on puisse en voir le bout. Le porte-parole du diocèse, Bernhard Kellner, cité par le quotidien munichois Abendzeitung, a simplement déclaré : « C’est une augmentation de coût qui correspond aux conditions du marché. »
En attendant le cardinal Marx lui-même dispose d’une suite au palais Holnstein, la résidence de l’évêque, récemment rénové pour un coût de 8 millions d’euros, ou bien il demeure dans maison d’hôtes de 10 pièces à Rome (acquise par son diocèse) estimée valoir 9,7 millions. « Celui qui dit qu’il s’agit là d’une demeure de luxe pour le cardinal Reinhardt Marx a totalement tort », a déclare Bernhard Kellner : «  C’est une maison de réunion, qui accueillera les membres du chapitre de la cathédrale, les employés de l’ordinariat, des représentants des conseils de laïcs, mais également de petits groupe de pèlerins. »
Le cardinal Marx dispose d’un salaire d’évêque d’environ 11.500 euros par mois et jouit d’un parc de voitures dernier cri conduites par des chauffeurs.
Ce qui n’a pas été rapporté par la presse laïque dans le cas du Limbourg, c’est le fait que Mgr Tebartz-van Eslt était déjà bien connu au sein de l’Eglise allemande en raison de ses prises de position conservatrices à propos de diverses question « controversées ». Il avait été nommé par le pape Benoît XVI pour remplacer l’évêque libéral bien connu, Franz Kamphaus, qui s’était attiré la colère du Vatican sous Jean-Paul II lorsqu’il avait refusé de cesser de délivrer des certificats d’avortement.
Mgr Tebartz-van Elst
Mgr Tebartz-van Elst, qui était également à la tête de la commission de la Conférence des évêques d’Allemagne sur le mariage est la famille, avait été la cible d’articles très négatifs de la part de la presse allemande laïque après qu’il eut pris des mesures disciplinaires contre l’un de ses prêtres, Peter Kollas, qui avait organisé une bénédiction pour deux hommes homosexuels. En 2007, Mgr Tebartz-van Elst avait publié un communiqué affirmant que tous les catholiques ont le devoir de protester contre la reconnaissance légale des partenariats homosexuels.
Mgr Tebartz-van Elst était déjà dans le collimateur de la presse laïque, contesté par ses propres prêtre libéraux, en raison de sa défense de l’enseignement moral catholique et de son exigence de voir les paroisses suivre rigoureusement les règles liturgiques lors de la messe dominicale. Mais c’est la rénovation, pour un coût de 5,5 millions d’euros du Centre diocésain, un budget qui devait finalement s’élever à 31d’euros, et l’accusation d’avoir bénéficié d’un billet de première classe pour l’Inde, qui a attiré l’attention internationale : les médias allemands, suivis rapidement par la presse anglophone et italienne, avaient reniflé du sang dans l’eau…
Tandis que les médias alimentaient la controverse, Mgr Tebartz-van Eslt est devenu la cible de protestations, et il ne devait recevoir que peu de soutien de la part de ses frères évêques de l’épiscopat allemand. Alors qu’une enquête menée par le Vatican l’a totalement innocenté de toute inconduite financière en septembre 2013. Mgr  Tebartz-van-Est a été écarté de son siège épiscopal par le pape François en octobre de cette même année, après une réunion de celui-ci avec l’archevêque de Fribourg-en-Brisgau, Mgr Robert Zollitsch, ancien président de la Conférence des évêques d’Allemagne, connu en tant ultralibéral qui soutient les unions civiles d’homosexuels et l’ordination des femmes.
Aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, les Eglises sont financées par les dons volontaires des paroissiens. Les projets exceptionnels, comme la réparation d’un toit ou la rénovation d’une maison paroissiale, requièrent des levées de fonds spéciales. Mais les églises paroissiales en Allemagne sont presque vides le dimanche matin, et la plupart des paroissiens qui restent encore sont dans la deuxième moitié de leur vie. Selon les statistiques du gouvernement allemand, la population allemande est divisée à peu près de manière égale en trois groupes : 30 % de protestants évangéliques, 30 % de catholiques, et 30 % enregistrés comme « athées » ou « autres ». Mais l’Eglise catholique est l’une des institutions les plus riches d’Europe et elle est le deuxième employeur d’Allemagne. D’où vient donc l’étonnante richesse de l’Église catholique allemande ?
Environ 70 % des revenus de l’Eglise catholique d’Allemagne proviennent de la « taxe d’Eglise », qui s’est montée à environ 5 milliards d’euros en 2010. Cela ne comprend pas les revenus d’investissement générés par les importantes possessions immobilières de l’Église d’Allemagne.
Si une personne ne désire pas contribuer au financement de l’Eglise, il doit formellement renoncer, sur son formulaire d’impôts, à son appartenance à cette Eglise soutenu par l’Etat. Au cours de ces dernières années, la déchristianisation de l’Allemagne et de l’Europe dans son ensemble a été accusée d’avoir provoquer un quasi exode des catholiques allemands du rôle fiscal.
Mgr Robert Zollitsch
Les évêques catholiques allemands, malgré leur réputation d’être l’un des épiscopats catholiques les plus libéraux du monde, ont répondu en excommuniant quiconque choisit de ne plus payer la taxe. En 2012 Mgr Zollitsch a déclaré aux médias : « Il doit y avoir des conséquences pour les personnes qui se distancient de l’Eglise par un acte public. Clairement, celui qui se retire de l’Église ne peut plus prétendre aux avantages du système de la même façon que celui qui en demeure membre. Mais ce qui est en jeu, c’est la crédibilité de la nature sacramentelle de l’Eglise. On ne peut pas être un demi membre ou un membre partiel. Soit on fait partie et on s’engage, ou bien on renonce. »
 Dans le même temps, Zollitsch et ses frères évêques ont de manière répétée défié le Vatican qui demandait que ceux vivant au sein d’une union adultère après un divorce civil se voient refuser la communion. Au synode extraordinaire des évêques en octobre, les évêques allemands ont pris la tête, avec l’archevêque italien Bruno forte, nommé par le pape, des pressions visant à obtenir que l’Église « accepte et valorise » l’« orientation » homosexuelle.
La cadence des renonciations formelles vis-à-vis de l’Église d’Allemagne a ralenti entre 2005 et 2013, sous le pontificat de Benoît XVI, mais elles a été marquée par une augmentation de plus de 50.000 depuis 2012. Le rapport 2014 des évêques d’Allemagne affirme : « Aujourd’hui on ne peut pas supposer que des personnes appartiennent à une Eglise et qu’elle pratiquent leur foi. Cela se voit à travers les nombreuses instances de personne qui quittent l’Eglise. En 2013, 178.805 personnes ont quitté l’Eglise catholique en Allemagne. »
Parmi les catholiques qui ne se sont pas formellement retirés de l’Église, la pratique et la foi sont à un niveau bas et diminuent régulièrement. Selon une enquête du Pew Center, environ un catholique allemand sur 5 affirmait assister à la messe chaque semaine, conformément à l’enseignement de l’Eglise, en 2009-2010. Cette proportion est tombée à 16 % en 2011.
Alors qu’il présentait le rapport annuel de l’Église catholique d’Allemagne en août de cette année, le cardinal Marx a évoqué les scandales financiers et sexuels au sein de l’Eglise d’Allemagne, disant que l’Église doit s’atteler à un travail « bon et convaincant pour rebâtir la confiance à tous les niveaux ».
Dans le même temps, un autre évêque classé parmi les prélats libéraux de, le cardinal Karl Lehmann de Mainz, lui aussi jadis président de la Conférence épiscopale allemande et, dit-on, le mentor de Zollitsch, s’est exprimé sur « les scandales et les vexations » au sein de l’Eglise qui sont à la racine d’un exode généralisé depuis Eglise catholique.
« Il n’y a pas de doute, ces chiffres nous obligent à réfléchir. Nous avons évidemment souffert d’une perte de confiance et de crédibilité qui s’est rarement produite avec une telle violence », dit Lehmann dans son journal diocésain.
Ceux qui critiquent la menace des évêques allemands à l’égard des catholiques qui se soustraient à la taxe d’Eglise les ont accusé du péché de simonie, à savoir de demander de l’argent pour les sacrements. Le décret 2012 contre ceux qui évitent la taxe d’Eglise comporte cette déclaration : « Sans un signe de repentance avant la mort, l’enterrement à l’église peut être refusé. »
Le P. Alexander Lucie-Smith, éditorialiste au Catholic Herald au Royaume-Uni, a évoqué l’ironie de cette forte préférence marquée par le pape François à l’égard des évêques allemands extrêmement riche qu’il a nommés, comme le cardinal Kasper. Le système allemand du « payer pour prier », écrit-il, est sûrement contraire à ce que le pape François tente de promouvoir : une Eglise pauvre pour les pauvres.
« D’abord c’est une forme de coercition. Vous devez payer, ou bien quitter l’Eglise. Mais n’est-ce pas que tout, dans la sphère religieuse devrait relever du volontariat ? », écrit le P. Lucie-Smith. « Deuxièmement, le système utilise l’État pour collecter l’argent au bénéfice de l’Eglise. Cela met l’Eglise et l’Etat dans une dans une situation d’alliance proche, trop proche, qui peut causer du tort à l’Eglise.
« En troisième lieu, la taxe d’Eglise rend l’Eglise non charitable, dès lors que des personnes qui refusent de payer la taxe sont écartées des sacrements. Cela est tous ensemble simplement un mal. Les sacrements sont gratuits. Personne ne devrait être contraint de à sauter à travers un cerceau administratif de manière à recevoir les sacrements : les seules conditions pour recevoir le sacrement devrait être morales »
Le cardinal Reinhardt Marx,
du cercle restreint du pape François
Mais le cardinal Marx reste au sommet du pouvoir aussi bien au Vatican qu’en Allemagne. Il est actuellement le président de la Conférence épiscopale allemande ; il est également un membre de premier plan de ce qu’on a appelé le « gang des neuf » du pape François, le cercle restreint créé par le pape pour la réforme de l’Église. Il a également été nommé au Conseil économique du pape.
Au synode, Marx avait fortement pris la voix en faveur des paragraphes du rapport d’étape appelant l’Eglise à accepter et à valoriser l’orientation homosexuelle. Lors d’une conférence de presse au Vatican, Marx avait déclaré : « Prenez le cas de deux homosexuels qui ont vécu ensemble pendant 35 ans et qui prennent soin l’un de l’autre, même au cours de la dernière phase de leur vie. Comment puis-je dire que cela n’a pas de valeur ? » Il avait été ajouté : « Dire que la doctrine ne changera jamais correspond à une vue restrictive des choses... Le cœur de l’Église catholique reste l’Évangile, mais avons-nous tout découvert ? Voilà ce dont je doute. »
Hilary White

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“Hallucinant” ! Le site du Vatican remanié

Yves Daoudal a tout de même fini par retrouver les textes des papes antérieurs au pape François… A lire ici.

Maintenant, la « une » du site, c'est ça.

ADDENDUM : Modification ? On peut maintenant cliquer sur « Souverains pontifes » pour accéder à la liste des papes depuis Léon XIII et leurs textes. Le chemin est un peu plus court, mais pas tellement plus clair.

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15 décembre, 2014

A l’appel des évêques dominicains : chaîne de prières contre l’avortement

Tous les évêques de la République dominicaine ainsi que les secrétaires adjoints de la Conférence épiscopale ont cosigné vendredi un appel à une grande chaîne de prières pour ce lundi afin de prier pour la vie, à la veille du débat de la chambre des députés sur la proposition de dépénalisation de l’avortement présentée par le président du pays.
« Au vu de cette situation, nous vous invitons à redoubler de prière pour que soit ratifié le code pénal tel qu’il a été approuvé par les deux chambres législatives et qu’ainsi prévale le droit à la vie de la mère enceinte et de l’enfant qui est dans son ventre, et qu’en même temps, soit respecté l’article 37 de notre Constitution dominicaine qui affirme : “Le droit à la vie est inviolable depuis la conception jusqu’à la mort.” »
Toutes les paroisses, communautés, familles ont été invitées à réciter chaque jour une prière composée à cette intention ; ce lundi à midi, avec le concours de la radio, de la télévision, et des réseaux sociaux, tout le pays était invité à s’unir dans une chaîne de prières retransmise depuis le siège de la Conférence des évêques dominicains.
« Nous sommes sûrs que Notre Seigneur guidera les esprits et les cœurs du président de la République et des législateurs pour qu’ils donnent à la République dominicaine un code pénal attaché à la vérité et à la vie », concluent les évêques.
Voici la prière qui a été récitée ce lundi à midi :
« Père bon, toi qui es l’auteur de la vie, et qui as envoyé ton Fils au monde pour que tous aient la vie et l’aient en abondance, nous te demandons d’envoyer ton esprit de sagesse à M. le président de la République et aux législateurs, pour que soit ratifié le code pénal tel qu’il a été approuvé et pour que soit donné à la société dominicaine un instrument qui respecte notre Constitution. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur.
Notre Père… Gloire soit au Père… »

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14 décembre, 2014

Rapport Leonetti-Claeys sur la fin de vie : l’euthanasie lente

Alliance Vita, mais aussi la Fondation Lejeune et
d'autres ont tôt prévenu du danger.
Ni piqûre létale, ni suicide assisté : le rapport Leonetti-Claeys sur la fin de vie recommande d’instituer un « droit » à la sédation terminale continue qui assure à chaque citoyen la possibilité d’éviter des souffrances insupportables au moment de la mort. Ces souffrances doivent aussi être évitées par la généralisation de l’accès aux soins palliatifs, aussi bien dans un établissement de soins qu’à domicile. François Hollande, qui a promis dans son engagement de campagne n°21 de faire bénéficier toute personne en phase terminale d’une maladie incurable et cause de souffrances « physiques ou psychiques » insupportables d’une « assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité », en a été content. La proposition de loi sera discutée au mois de janvier devant le Parlement, a-t-il promis. Alors, la France échappe-t-elle à l’euthanasie ?
Non, on lui applique une sédation anesthésique qui est bien dans la ligne de ce qui se passe dans des pays où l’euthanasie est légale, comme la Belgique ou les Pays-Bas. L’euthanasie y est de plus en plus fréquente, mais c’est surtout l’extension de son champ d’application qui est remarquable. En revanche, les sédations appelées, à tort et à travers, « palliatives », « terminales » ou « profondes » ont fortement progressé. Aucun formalisme ne s’y attache, ce ne sont pas des actes criminels dépénalisés, elles permettent d’« endormir » le patient pour le faire mourir tout comme elles peuvent être légitimement administrées pour éviter une agonie atroce. Je décrivais cela dès 2007 ici, en me demandant si ce glissement vers la zone grise entre soins et mise à mort n’allait pas s’imposer de plus en plus.
Avec la proposition Leonetti-Claeys nous y sommes, en tout cas pour ce qui concerne la France. Le rapport suggère que le « droit » des patients de prendre part à cette décision de fin de vie assurera non seulement leur « autonomie » mais évitera que des sédations terminales ne soient pratiquées à leur insu ou à l’insu de leurs proches, évitant ainsi des euthanasies ou des procédures de fin de vie pratiquées contre le gré des patients.
Zone grise : la sédation continue en phase terminale, « lorsque le pronostic vital est engagé à court terme » comme le dit le rapport, peut se justifier sur le plan moral, tant qu’elle n’a pas pour objectif de procurer la mort et qu’elle ne la cause pas délibérément.
Mais avec un droit à la sédation terminale, l’ambiguïté entrerait de plain-pied dans le droit français, légalisant en même temps l’« euthanasie lente » par laquelle une personne qui le demande, sans même être forcément mourante, obtient un ensemble d’actes médicaux qui débouchent nécessairement et à brève échéance sur la mort. La mort programmée.
Il s’agit en fait d’un simple élargissement, mais plus codifié, de ce que la loi Leonetti en vigueur depuis 2005 permet déjà en termes d’euthanasie : le refus de nourriture (et, depuis moins longtemps, d’hydratation) en vue de faire mourir une personne qui tire encore profit de son alimentation, et qui n’en souffre pas. C’est le cas de Vincent Lambert, qui est tout sauf mourant : pour Jean Leonetti, sa loi de 2005 s’applique pleinement à son cas pour permettre de le « laisser mourir », comme ils disent, mais d’inanition et de déshydratation.
Au nom du droit à une mort « digne et apaisée », et au terme d’une « longue marche vers la citoyenneté totale, y compris jusqu’au dernier instant de sa vie », la proposition Leonetti-Claeys veut créer un droit opposable qui puisse aller bien plus loin que le cas des personnes à l’article de la mort et souffrant des affres d’une agonie et d’une douleur que rien ne peut soulager.
Elle doit en effet, selon le rapport, pouvoir s’appliquer à ceux qui n’entreront en « fin de vie » que du fait de leur exercice du droit de refuser tout traitement, y compris – c’est explicite – le « traitement » que constitueraient l’hydratation et la nourriture : il est question de la « demande du patient d’arrêter tout traitement et de ce fait entrant en phase terminale. La situation visée ici est celle du patient qui décide de demander l’arrêt de tous les traitements qui le maintiennent en vie parce qu’il estime qu’ils prolongent inutilement sa vie, étant trop lourds ou ayant trop duré ». Il aura droit aux sédatifs profonds et aux antalgiques. Mais il aura bien choisi la mort, la mort aura bien été procurée.
Que cela puisse aller loin est mis en évidence par le rapport lui-même. « Préserver la dignité de leur fin de vie, c’est leur permettre, alors qu’ils sont proches de la mort, s’ils le demandent, de s’endormir plutôt que d’être confrontés à la souffrance ou à un état qu’ils considèrent comme une déchéance. » Déchéance de la douleur ? De l’incontinence ? De la dépendance ? Dans les pays où l’euthanasie est légale, tout cela est déjà admis, et le champ s’étend.
Les patients hors d’état d’exprimer leur volonté ne sont pas oubliés. La proposition Leonetti-Claeys insiste sur l’obligation du médecin de ne pas pratiquer « l’obstination déraisonnable » : il devra suivre les « directives anticipées » du patient, en recherchant sa volonté et en respectant une procédure collégiale. La sédation profonde et continue sera alors mise en place « jusqu’au décès ». Cela vaut, précise le rapport, pour les personnes en « état végétatif chronique ou en état pauci-relationnel » – c’est-à-dire sans conscience constatée (mais la science médicale est loin d’être absolue sur ce point), dans le premier cas, ou en situation de conscience minimale.
Ici il faut citer le rapport à propos de ces personnes profondément handicapées, mais ni mourantes ni en fin de vie :
« Le ministère de la Santé estime à 1500 le nombre de personnes actuellement dans cette situation. Ces personnes sont “hors d’état d’exprimer sa volonté” selon les termes de la loi de 2005 et sont nombreuses à n’avoir pas rédigé de directives anticipées. Or, il est permis de penser que ces personnes pourraient qualifier ces situations d’obstination déraisonnable si elles pouvaient s’exprimer. Dans ces cas d’une grande complexité, il est nécessaire de rechercher la volonté du patient, à la lumière des éléments qu’il est possible de recueillir sur la volonté de la personne tout en prenant le temps nécessaire d’une décision apaisée. »
Le rapport précise encore ceci, et c’est à retenir :
« La sédation profonde et continue doit nécessairement donner lieu l’arrêt de tout traitement de maintien en vie et tout arrêt de traitement de maintien en vie engageant le pronostic vital à court terme doit nécessairement être associé à une sédation profonde et continue pour le patient inconscient et à la demande de tout patient conscient. Ne pas associer ces deux actes médicaux serait incohérent, les effets de l’un contrariant les effets de l’autre. Il s’agit de l’arrêt de tout traitement thérapeutique : techniques invasives de réanimation, traitements antibiotiques ou anticoagulants mais également traitements dits “de survie”, parmi lesquels la nutrition et l’hydratation artificielles, ainsi que le Conseil d’Etat l’a confirmé dans un arrêt du 24 juin 2014. »
Autrement dit : pas de sédation terminale sans mort certaine dont la survenue est assurée par l’arrêt de la nourriture, et plus encore de l’hydratation. Quoi qu’en dise le Conseil d’Etat ce sont là des soins ordinaires, et non des traitements, toujours dus dans la mesure où ils répondent à leur finalité propre, qu’ils ne causent pas de souffrances indues et qu’ils ne sont pas absurdes du fait que le patient est effectivement en train de mourir.
La volonté homicide est ici on ne peut plus claire.
D’autant que Jean Leonetti et Alain Claeys manifestent leur volonté de traquer l’obstination déraisonnable où qu’elle se trouve, et notamment dans les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Là, les deux auteurs, dans un bel élan d’humanisme fraternel, estiment « que la possibilité de mettre en place ou de poursuivre des traitements ne devrait être envisagée que si elle a du sens pour le malade ». Quel sens peut avoir un traitement pour une personne profondément atteinte d’une maladie neurodégénérative comme Alzheimer ? Poser la question, c’est deviner l’objectif. Le rapport trouve d’ailleurs que trop de personns en EHPAD sont conduites aux urgences pendant les 15 derniers jours de leur vie, on ne sait pas assez y prévoir leur mort inéluctable. C’est sans doute vrai, mais dans la logique inverse ne risque-t-on pas de pousser des gens vers la sortie ?
Les auteurs du rapport expliquent une des raisons de leur choix : « La sédation est profonde pour garantir l’altération totale de la conscience, cet endormissement prévenant toute souffrance, y compris celle résultant de “se voir mourir”. Selon les termes de Jean-Claude Ameisen, président du CCNE, lors de son audition “je ne suis pas obligé d’être le témoin de ce qui va advenir”. »
Il s’agit d’annihiler la conscience du moment suprême de la vie des hommes. Il me semble bien qu’il s’agit de leur voler leur mort. Pour qui croit que la vie ne s’arrête pas là, mais que justement c’est le grand moment de la conscience, c’est une régression mortelle.

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Argentine : l’Etat demande pardon pour ne pas avoir procuré l’avortement à une jeune handicapée mentale

Des représentants de l’Etat fédéral argentin et de la province de Buenos Aires ont officiellement demandé pardon à une jeune femme aujourd’hui âgée de 27 ans qui était tombée enceinte à la suite d’un viol il y a 8 ans, et qui n’avait pas obtenu l’avortement dépénalisé. Cet avortement n’aurait pas été punissable en effet en tant que la jeune femme était déficiente mentale et avait violée, aux termes du code pénal national argentin. Sa mère et sa sœur avaient fait le tour des hôpitaux et des juridictions de leur région pour obtenir cet avortement, en vain.
« Au nom de l’Etat, je demande pardon pour l’horreur et pour l’erreur de cette affaire », a déclaré Carlos Pisoni, sous-secrétaire à la Promotion des droits humains, lors de la cérémonie de vendredi après-midi. Il était accompagné de Maria Grass, présidente du Conseil national des Femmes.
La jeune femme, Micaela, avait été violée par son oncle en 2006, à 19 ans, mais avec un âge mental de 10 ans. Elle était déjà enceinte de 14 semaines (semaines de gestation) lorsque ses proches sollicitèrent pour elle l’avortement à l’hôpital Saint Martin de la Plata, qui refusa. Dans la foulée, un juge des mineurs, Ines Siro, devait interdire que l’avortement fût pratiqué. On conseilla à la mère, Vicenta, que l’enfant à naître fût donné pour l’adoption.
La mère de Micaela, illettrée, domestique, obtint alors l’aide d’organisations féministes qui entamèrent une procédure judiciaire. Elles menèrent le cas jusqu’à la Cour suprême de l’Argentine qui se prononça en faveur de l’avortement, signalant que dans les cas dépénalisés par la loi il n’était pas nécessaire d’obtenir une autorisation judiciaire préalable. En fait, les associations féministes avaient aidé Micaela à obtenir un avortement « privé »… Elles l’ont accompagnée dans sa demande d’indemnisation qui a culminé avec une résolution du Comité des droits de l’homme de l’ONU : il y a trois ans, celui-ci a qualifié l’entrave à l’avortement de Micaela comme une violation de ses droits humains et a ordonné à l’Argentine de lui offrir des « mesures de réparation comprenant une indemnisation adéquate », et de « prendre des mesures pour éviter que de telles violations aient lieu à l’avenir ».
Lors de la cérémonie… appelons-la « pénitentielle », l’Etat argentin et les autorités de Buenos Aires ont entouré la jeune femme de prévenances et de respect. Elle peint depuis un an : une exposition de ses œuvres a été organisée dans l’auditorium de l’annexe de la Chambre des députés à Buenos Aires et bien sûr, tout a été vendu.
Mais ça, c’est l’anecdote. Sur le fond, Micaela a non seulement reçu des excuses formelles : en août, la coordinatrice des affaires juridiques internationales de la secrétairerie des droits humains de la Nation, Ana Oberlin, et le sous-secrétaire aux droits humains de la province de Buenos Aires s’étaient déjà engagés à offrir à la jeune femme une couverture santé, l’insertion dans le monde du travail, des bourses pour son instruction, une maison et une réparation pécuniaire. Pour faire bonne mesure, la décision du comité de l’ONU sera publiée dans des journaux à tirage national et provincial.
Vicenta, la mère de Micaela, sait lire et écrire désormais et s’est transformée en militante de l’avortement « légal, sûr et gratuit ».
Il semblerait que l’oncle de Micaela qui l’avait violée vive à quelques centaines de mètres de la maison de la jeune femme – n’est-ce pas un bien plus grand scandale ?


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GPA : l’Espagne aussi retouche son droit civil !

Le ministre de la justice qui a remplacé
Ruiz Gallardon après le refus du
gouvernement de limiter l'avortement.
Le ministre espagnol de la justice, Rafael Catalá, a annoncé vendredi que le Partido Popular (PP), actuellement au gouvernement, présentera bientôt plusieurs modifications relatives aux registres civils parmi lesquelles un droit d’inscription à l’état civil des naissances faisant suite à une « gestation de substitution ». C’est donc le même mouvement, et quasiment au même moment, que celui déclenché en France par la reconnaissance de la nationalité française aux enfants nés de père français par GPA, ou « gestation pour autrui », dans un pays étranger.
Rafael Catalá a précisé que ce changement répond à une exigence de la Cour européenne des droits de l’homme qui affirme le droit des enfants nés par mère porteuse à un état civil.
Le plus paradoxal, c’est que la réforme de l’état civil renforce en même temps les prises de mesures médicales et biométriques pour assurer la filiation maternelle et mettre fin au risque des « bébés volés ».
Les socialistes sont opposés aux autres changements apportés à la loi sur les registres civils – comme l’inscription qui serait désormais faite par les centres sanitaires « obligées » de déclarer les naissances – mais ils ont applaudi à l’annonce concernant les enfants nés par GPA.
Aujourd’hui en Espagne la gestation pour autrui n’est pas légale, puisque tout contrat portant sur une renonciation de filiation maternelle en faveur du cocontractant ou d’un tiers est nul de plein droit (loi du 26 mai 2006). Mais une instruction du 5 octobre 2010 de la direction générale des registres et du notariat, permettait l’inscription au registre civil des enfants nés par GPA dans un pays ou celle-ci est légal, si l’un des parents est espagnol et qu’il existe un cadre juridique qui garantisse les droits de la mère porteuse – dont le nom ne figurera pas sur les registres espagnols.
C’est à peu près la même logique que celle de la circulaire Taubira en France.
Au début de cette année, le Tribunal suprême espagnol avait annulé cette instruction, la laissant sans effet.
Voilà qui va de nouveau être renversé, sous la pression de la CEDH et avec la complicité du Partido Popular, donnant un peu plus de poids aux demandes de légalisation de la GPA elle-même.
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