18 mai, 2013
Nous participerons, très déterminés, à la Marche pour tous du 26 mai contre le « mariage homo », pour y défendre l’exigence morale et politique et non politicienne, l’exigence trans-partisane d’abroger purement et simplement la loi nihiliste Hollande-Taubira de désintégration familiale et sociale.
Nous marcherons poussés par notre fidélité aux valeurs chrétiennes et humaines du respect de la vie et de la famille.
Nous marcherons contre le racisme véritablement anti-humain qui prétend substituer à l’humanité constituée par le couple de l’homme et de la femme une dialectique d’appartenance homosexuelle ou hétérosexuelle.
Nous marcherons parce qu’enfin, à l’évidence, la majorité des marcheurs réprouve désormais expressément le traquenard d’une dialectique d’instrumentalisation des concepts psychiatriques de « phobie » et de « philie » qui aurait pu aboutir à un véritable détournement de la Marche. On a trop connu cela avec l’abomination des rééducations psychiatriques dans le monde soviétique.
Nous marcherons dans le calme, l’amitié et la liberté, en effet pour tous, de manifester selon sa foi et sa sensibilité et non selon un carcan dictatorialement imposé.
Nos amis pourront bien sûr à leur gré défiler avec leurs délégations provinciales, d’autres avec des mouvements selon leur sensibilité.
Nous, avec les militants et adhérents et amis de nos organisations qui le souhaitent, vous donnerons rendez-vous [sur un point d'un des parcours dès que les tracés seront définitifs – J.S.].
PREMIERS APPELANTS :
Bernard Antony
Richard Haddad, éditeur, ancien président du Cercle National des étudiants de Paris
Daniel Hamiche, rédacteur en chef de L’Observatoire de la Christianophobie
Vivien Hoch, chercheur en philosophie
Jacques Le Morvan, Chrétienté-Solidarité, vice-président du Centre Henri et André Charlier
Cécile Montmirail, vice-présidente de l’AGRIF
Abbé Vincent Ribeton
Pasteur Saïd, communautés chrétiennes d’Afrique du nord
Michel Seamb, Convergences Africaines
Jeanne Smits, directrice de Présent
Yvonne Soleil, Chrétienté-Solidarité-Persécutions
Abbé Guillaume de Tanouärn, Centre Saint Paul
Guillaume de Thieulloy, directeur de Riposte catholique
Jérôme Triomphe, avocat de l’AGRIF
François Wagner, avocat de l’AGRIF
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17 mai, 2013
La paroisse Saint Jean-Baptiste de la Salle de Paris appelle à une neuvaine en vue de la Manif du 26 mai
Une manifestation “consistante” est annoncée pour le dimanche 26 mai. Que nous y soyons favorables, indifférents, hostiles nous sentons bien, en tant que chrétiens, que l’essentiel se jouera dans la prière. C’est pourquoi nous vous proposons une neuvaine à “Marie qui défait les noeuds”
- Pourquoi une neuvaine ? Parce qu’entre Ascension et Pentecôte les disciples et la Vierge Marie (cf Actes 1,14) prièrent neuf jours au Cénacle et le dixième jour ils reçurent l’Esprit Saint. Depuis ce temps là la pratique des neuvaines a fait ses preuves dans l’histoire de l’Eglise.
- Pourquoi la Vierge Marie ? Parce que nous sommes au mois de mai ; parce que beaucoup d’entre nous ont reçu il y a peu le message de Notre Dame de Pontmain,”Mais priez mes enfants” ; parce que Marie est épouse et mère de famille et que c’est bien la famille qui est en question.
- Pourquoi “Marie qui défait les noeuds” ? Parce que depuis saint Irénée de Lyon (+ 207) on invoque la Vierge Marie qui a dénoué par sa foi ce que Eve avait noué par son incrédulité. Parce que cette dévotion est chère au coeur de notre pape François qui en a été un des principaux propagateurs en Argentine et dans le monde. Parce qu’il est bien vrai que la situation de notre pays semble humainement inextricable...
Prière à "Marie qui défait les noeuds" :
Vierge Marie, Mère du bel Amour, Mère qui n'as jamais abandonné un enfant qui crie au secours, Mère dont les mains travaillent sans cesse pour tes enfants bien aimés, car elles sont poussées par l'Amour divin et l'infinie Miséricorde qui déborde de ton coeur, tourne ton regard plein de compassion vers moi. Vois le paquet de "noeuds" qui étouffent ma vie. Tu connais mon désespoir et ma douleur. Tu sais combien ces noeuds me paralysent. Marie, Mère que Dieu a chargée de défaire les "noeuds" de la vie de tes enfants, je dépose le ruban de ma vie dans tes mains. Personne, pas même le Malin, ne peut le soustraire à ton aide miséricordieuse. Dans tes mains, il n'y a pas un seul noeud qui ne puisse être défait. Mère toute puissante, par ta grâce et par ton pouvoir d'intercession auprès de ton Fils Jésus, notre Libérateur, reçois aujourd'hui ce "noeud"..... (le nommer, si possible). Pour la gloire de Dieu, je te demande de le défaire, et de le défaire pour toujours. J'espère en Toi. Tu es la Consolatrice que Dieu nous a donnée, tu es la forteresse de nos forces fragiles, la richesse de nos misères, la délivrance de tout ce qui nous empêche d'être avec le Christ. Accueille mon appel. Garde-moi, guide-moi, protège-moi. Tu es mon refuge assuré. Marie qui défait les nœuds, prie pour moi.
Les prêtres et diacre de Saint Jean-Baptiste de La Salle
Père Guillaume de Menthière, Robert Jorens, Armel d’Harcourt, Alexandre Comte, M. Patrick Declety
Père Guillaume de Menthière, Robert Jorens, Armel d’Harcourt, Alexandre Comte, M. Patrick Declety
16 mai, 2013
Le pape célébrera une messe pour la vie à Rome le 16 juin
Le pape François célébrera une messe « pour la vie » le dimanche 16 juin sur la place Saint-Pierre, à Rome, point d'orgue de la célébration annuelle de Evangelium Vitae qui aura cette année une envergure exceptionnelle par la volonté du Conseil pour la Nouvelle Evangélisation, nous apprend le Friday Fax d'Austin Ruse.
C'est Benoît XVI qui avait lancé cette initiative d'une célébration annuelle proposant notamment une messe pour les figures du mouvement pro-vie.
Cette année il y aura trois jours d'activités diverses, comprenant une conférence du cardinal Burke et d'autres interventions confiées notamment à des organisations pro-vie américaines comme l'Alliance Defending Freedom, le Secrétariat Pro-vie de la conférence des évêques des Etats-Unis et Priests for Life.
Le samedi verra les pèlerins se rendre sur le tombeau de saint Pierre et une adoration eucharistique sera proposée dans plusieurs églises environnantes pendant l'après-midi ; le soir, procession aux flambeaux conduite par Mgr Augustine di Noia, vice-président de la commission Ecclesia Dei. Comme elle s'achèvera près du Vatican d'aucuns espèrent déjà que le pape viendra la saluer comme il l'a fait le 12 mai pour la Marche pour la vie, en sortant de son circuit habituel sur la place Saint-Pierre pour rejoindre la tête du cortège dans sa papamobile.
Le message d'Austin Ruse annonce la participation de nombreuses associations pro-vie européennes, sans donner de nom.
Le pape François tweetait hier :
15 maiC’est Dieu qui donne la vie. Respectons et aimons la vie humaine, particulièrement celle qui est sans défense dans le sein maternel.ERRATUM, 6 h 32 le vendredi 17 mai : J'ai par erreur repris le communiqué affirmant que Mgr Di Noia est préfet de la Congrégation pour le culte divin. L'article est rectifié désormais. Mille excuses.
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Euthanasie lente : la loi Leonetti donne à la famille un droit de veto
Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission bioéthique du diocèse de Toulon-Fréjus, vient de publier une analyse approfondie et passionnante de l'ordonnance de référé du tribunal de Châlons-en-Champagne qui a fait rétablir la nourriture et l'hydratation – les soins ordinaires et normaux – de Vincent Lambert, condamné à mort par une « décision collégiale » pilotée par le chef de service des soins palliatifs du CHU Sébastopol de Reims.
Il y rejoint notre analyse publiée dans les heures qui avaient suivi cette décision, mais surtout il y soulève un élément de la plus haute importance non seulement pour Vincent, mais pour tous ceux qui un jour risquent de se trouver dans une situation semblable à la sienne, c'est-à-dire n'importe qui en France.
S'appuyant sur le rapport de la deuxième mission d'évaluation de la loi sur la fin de vie, publiée sous la signature de Jean Leonetti, Pierre-Olivier Arduin constate que, dans le cadre de la procédure collégiale qui doit obligatoirement précéder l'arrêt des traitements (auxquels la loi assimile à tort l'alimentation artificielle, ndlr) en cas d'« obstination déraisonnable» ou d'« acharnement thérapeutique », le constat d'un désaccord parmi les membres de la famille et proches du défunt doit stopper la procédure.
Autrement dit : l'avis de la famille est un droit de veto, l'équipe médicale doit en tenir compte, c'est-à-dire le respecter. Et une seule opposition suffit.
Voici ce que note Pierre-Olivier Arduin :
D’ailleurs, quand bien même la procédure collégiale aurait été suivie, la survenue d’un désaccord au sein de la famille (patent ici) et/ou de l’équipe médicale (ce qui semble être également le cas dans cette affaire, plusieurs soignants ayant fait part de leur réserve quant à la décision prise) aurait dû stopper immédiatement le protocole de retrait de l’alimentation. La procédure collégiale ne produit pas une décision selon un processus de type majoritaire. Il suffit qu’une des personnes impliquées ne juge pas le choix final comme moralement bon pour suspendre la procédure.
La seconde mission parlementaire sur la fin de vie qui a réexaminé ce dispositif de la loi a été très claire sur ce point dans son rapport final : « Un constat de désaccord doit conduire à poursuivre les orientations thérapeutiques suivies antérieurement. »
D’ailleurs, suite au rapport rendu en 2008, le gouvernement de l’époque avait décidé de renforcer le rôle de la famille qui doit être non seulement partie prenante du choix effectué mais aussi peut désormais déclencher de son propre chef la procédure qui était auparavant laissée à l’initiative du seul corps médical (décret du 29 janvier 2010). Les professionnels de santé ne peuvent donc en aucun cas s’opposer à l’avis de la famille, surtout lorsque celui-ci vise à protéger la vie d’un de ses proches.
Ce point de la loi étant ainsi clairement établi, on peut dire que Vincent Lambert est maintenant hors de danger.
Et ce malgré les fulminations du médecin responsable qui en rétablissant de mauvaise grâce l'alimentation du jeune homme clamait qu'il allait refaire la procédure collégiale, dans les formes cette fois, pour lui couper de nouveau les vivres.
Il y a donc des remparts contre la loi Leonetti dont il faut connaître l'existence et se servir : pour soi, faire des directives anticipées qui lient les équipes médicales, et pour un parent ou un proche, connaître cet aspect de la loi qui donne le dernier mot à ceux qui sont pour le maintien de la vie.
A contrario, il ne faut pas oublier que la loi Leonetti permet l'euthanasie lente par inanition, même quand le patient n'est pas en fin de vie, même si la demande initiale émane des proches, dès lors que la décision collégiale se prend dans les formes et que toutes les personnes consultées sont d'accord.
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Libellés : droit, euthanasie, euthanasie par omission, France, loi leonetti, sédation palliative
15 mai, 2013
Des nouvelles de Vincent Lambert – et une mise en garde pour tous !
Non seulement Vincent Lambert est sauvé, il commence à reprendre des forces !
C'est l'excellente, la magnifique nouvelle d'hier : à ses parents venus à son chevet, nourri et hydraté de nouveau depuis samedi après-midi, Vincent Lambert a souri. Souri d'un petit sourire en coin, joli et complice, qui le rend aux yeux de ceux qui l'aiment plus beau que n'importe quelle star.
C'est l'une des gentilles aides-soignantes qui a obtenu ce sourire. Ces sourires. Ce sont elles qui soignent Vincent au jour le jour. Elles ont pour lui une affection visible, véritable. J'imagine qu'elles sont contentes de le voir revivre, après l'avoir vu volontairement privé de nourriture et d'une grande part d'hydratation par « décision collégiale » de « l'équipe médicale » du CHU de Reims.
— Vous avez vu ? Quand je passe la main dans les cheveux de Vincent, il sourit, dit une des aides-soignantes.
Et de joindre le geste à la parole :
— M. Lambert ? Vous me reconnaissez ? Je suis revenue. Souriez-moi : je vais vous passer la main dans les cheveux.
Et Vincent de sourire.
Elle le lui dit deux fois encore : « Souriez ! » Et il l'a fait.
Les parents, bouleversés de bonheur, ont vu qu'il ne s'agissait pas d'un rictus. Mais d'une réponse.
C'est le moment de préciser un détail de ce dossier. J'avais parlé de « coma pauci-relationnel » à propos de Vincent Lambert. Un professeur de neurologie contacté par Jérôme Triomphe, avocat de la famille Lambert, a souligné qu'il est dans le cas de Vincent impropre de parler de « coma » : il est dans un « état pauci-relationnel », puisqu'il est conscient de son entourage et interagit avec lui.
Si bien qu'une pièce versée au dossier par le CHU de Reims – pour justifier l'euthanasie lente de Vincent Lambert ! – note qu'un examen approfondi réalisé par des spécialistes du coma en Belgique ont conclu que le patient est dans un « état de conscience minimale plus », « avec une perception de la douleur et des émotions préservées ».
Faut-il s'étonner dès lors que Vincent Lambert avait des épisodes « de pleurs, de cris, de sanglot (sic) » comme le précise le mémoire de défense du CHU de Reims par lequel il tentait de justifier la « décision médicale » de l'affamer à mort ?
Ce même mémoire croit pouvoir déceler des directives anticipées informelles de la part de Vincent Lambert, dont parlent sa femme et certains de ses frères et sœurs en expliquant qu'il a dit à l'occasion, avant son accident, ne pas vouloir être maintenu artificiellement en vie.
A la fin du mémoire de défense, on ose invoquer ceci :
« La volonté émise avant son accident par M. Lambert Vincent de ne pas être artificiellement maintenu en vie dans un état pauci-relationnel, a été rapportée par plusieurs membres de sa fratrie au Dr (…). »
Sans compter que la nourriture et l'hydratation ne maintiennent pas « artificiellement » la vie, fût-ce en état de coma, notons ici l'incroyable glissement. Peut-on vraiment imaginer que ce jeune homme ait su ce qu'est un état pauci-relationnel ? Qu'il l'ait prévu, et prévu aussi quel serait son sentiment en ce cas ? Prévu qu'il demanderait à mourir faute de nourriture et d'eau ? Deux, trois mots prononcés au détour d'une conversation permettent-ils de faire cette incroyable extrapolation dont un médecin peut s'emparer pour couper les vivres à un malade ?
Si c'est le cas – et c'est bien l'esprit de la loi Leonetti – il devient urgent de faire des directives anticipées écrites demandant de ne pas faire l'objet d'une décision d'abstention de soins ordinaires ayant pour objet de provoquer la mort ! Je crois bien qu'il va falloir rédiger une lettre type avec l'aide de médecins et de juristes spécialisés.
Voici donc Vincent Lambert, 37 ans, tiré d'affaire, souriant, montrant un visage apaisé à ses parents.
Il s'agit maintenant d'obtenir son transfert d'un service de soins palliatifs où il n'a rien à faire sous la houlette de spécialistes en gériatrie vers une unité capable de prendre en charge son handicap profond aussi bien que son état conscience diminuée mais réelle, avec une prise en compte de ses besoins émotionnels, puisqu'il ressent aussi bien la tristesse que la joie.
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Libellés : euthanasie, euthanasie par omission, France, Terri Schiavo, Vincent Lambert
14 mai, 2013
Adoption aux Etats-Unis : homos obligatoires ?
Un proposition de loi américaine portée par un démocrate – John Lewis – et une républicaine – Ileana Ros-Lehtinen, propose de couper tous fonds fédéraux aux agences d'adoption, fussent-elles des associations à but non lucratif confessionnelles, qui donneraient la priorité aux couples hétérosexuels mariés.
Il s'agirait ainsi d'empêcher la « discrimination » à l'égard des concubins – et surtout des homosexuels. Car même si ceux-ci n'ont pas encore accès au « mariage » dans tous les Etats, il ne leur est pas interdit d'adopter aux Etats-Unis.
Comme le note Tony Perkins sur LifeSite, une telle loi aboutirait à instituer une politique officielle pénalisant les organismes qui tiennent compte du bien-être des enfants dans le choix de leur placement.
Mais attention, dire cela est déjà suspect. Car cela suppose d'ajouter foi à – par exemple – l'étude universitaire d'un Mark Regnerus qui a conclu à la moindre réussite des enfants élevés dans des foyers où l'un des parents avait une relation homosexuelle. Cette étude a beau avoir été soutenue par l'Université du Texas, et confirmée par d'autres travaux du chercheur, elle a le goût de l'interdit.
Le même article souligne que dès 2014, le ministère de l'Education des Etats-Unis – le Department of Education – remplacera les rubriques « père » et « mères » sur ses formulaires officiels par « parent 1 » et « parent 2 ».
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La CEDH demande plus de clarté sur le suicide assisté
Affaire Gross c. Suisse
Après une salve d'affaires où la Cour européenne des droits de l'homme a refusé de juger en faveur d'un droit au suicide dans les pays membres du Conseil de l'Europe, la CEDH vient de rendre une décision où elle fait un pas en direction de la libéralisation du suicide assisté. Elle a conclu à la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme (droit au respect de la vie privée et familiale) du fait qu'une ressortissante suisse aujourd'hui âgée de plus de 82 ans n'a pas eu accès, du fait de la formulation de la loi, à des informations assez claires sur les cas où la Suisse autorise le suicide assisté.
Ladite Alda Gross, née en 1931, ne souffre d'aucune pathologie clinique, c'est juste l'âge qui l'atteint et le déclin de ses forces physiques et mentales. Elle trouve sa vie de plus en plus monotone. Elle ne peut plus faire de longues marches et voit ses facultés mentales décliner. Cela fait depuis 2005 qu'elle cherche à obtenir des médicaments permettant de mettre fin à ses jours (juste parce qu'elle vieillit) : le refus des médecins qu'elle a consultés de lui prescrire une dose mortelle de pentobartibal sodique l'a conduite à se tourner vers la direction de la santé du canton de Zurich, qui en 2009 rejeta sa demande. Refus confirmé par les tribunaux.
Il était motivé par le fait que ne souffrant d'aucune pathologie, les médecins craignaient d'être poursuivis pour cette prescription permise lorsque le demandeur est très malade, à quoi s'ajoute le fait que la déontologie professionnelle le leur interdit. La Cour suprême fédérale devait, le 12 avril 2010, préciser que l'Etat n'est pas tenu de garantir à un individu l'accès à une dose mortelle de médicament. L'affaire Haas c. Suisse était alors pendante devant la CEDH, qui devait confirmer cette affirmation.
La CEDH ne modifie pas ce point précis de sa jurisprudence mais n'exclut nullement que l'on puisse prescrire un poison à une personne en bonne santé pour qu'elle puisse mettre fin à ses jours.
Elle a considéré, selon le communiqué de presse de la CEDH, « que le souhait de Mme Gross d’obtenir une dose mortelle de médicament afin de mettre fin à ses jours relève du droit au respect de la vie privée garanti par l’article 8. Dans l’affaire Haas c. Suisse, elle a déjà reconnu que le droit d’un individu de choisir quand et comment mourir, à condition que celui-ci soit en état de prendre sa décision librement et d’agir en conséquence, constituait l’un des aspects du droit au respect de la vie privée ».
La Cour réitère ensuite que l'objet essentiel de cet article 8 est de protéger les individus par rapport à l'interférence arbitraire des autorités publiques, qui ne se justifie que par rapport à la loi et à ce qui « est nécessaire dans une société démocratique 7.
Observant que le code pénal suisse ne réprime l'incitation et l'assistance au suicide que lorsqu'elles sont faites pour des « motifs égoïstes », et que le médecin peut prescrire un poison mortel dès lors qu'il a discuté avec son patient d'autres moyens de lui venir en aide et que celui-ci agit librement et de manière réfléchie. La CEDH reproche à la législation suisse de ne pas préciser si cette prescription ne peut se faire qu'en phase terminale de maladie. Le communiqué de presse précise :
La Cour considère que cette absence de directives claires posées par la loi est susceptible d’avoir un effet dissuasif sur les médecins, qui pourraient sinon être enclins à fournir à une personne dans la situation de Mme Gross l’ordonnance demandée. C’est ce que confirme le fait que les médecins consultés par elle ont rejeté sa demande parce qu’ils redoutaient d’être entraînés dans des procédures judiciaires longues ou de s’exposer à des conséquences négatives sur le plan professionnel.
Cette incertitude quant à l’issue de sa demande dans une situation concernant un aspect particulièrement important de sa vie a dû causer à Mme Gross une angoisse considérable. Cela ne se serait pas produit s’il y avait eu des directives claires et approuvées par l’État définissant les circonstances dans lesquelles les médecins sont autorisés à délivrer une ordonnance lorsqu’une personne a pris librement la décision grave de mettre fin à ses jours sans qu’elle soit proche de la mort à cause d’une maladie donnée.
Ces considérations suffisent à la Cour pour conclure que la législation suisse, tout en offrant la possibilité d’obtenir une dose létale de médicament sur ordonnance médicale, ne fournit pas des directives suffisantes définissant avec clarté l’ampleur de ce droit. Dès lors, il y a eu violation de l’article 8 de ce chef.
On notera que l'arrêt de chambre rapporte ce que le gouvernement suisse a fait valoir pour sa défense : le fait que Mme Gross n'a pas beaucoup insisté pour avoir sa dose de pentobarbital, se bornant à deux entretiens d'une heure et demie avec son médecin, puis à trois tentatives chez d'autres médecins : ainsi elle n'aurait pas « démontré » qu'il lui avait été impossible d'avoir accès à la prescription demandée. Cela laisse songeur…
Le gouvernement suisse notait aussi qu'il y a de multiples façons d'attenter à sa propre vie, et que donc le refus de prescription ne portait pas atteinte au droit de Mme Gross, en tant que personne en bonne santé, de mettre fin à ses jours.
Mais la Cour a tenu à aller plus loin en jugeant qu'il faut établir clairement quand le suicide assisté doit être en quelque sorte assisté par la loi et le corps médical, étant entendu qu'il n'y a pas de limite a priori :
La Cour reconnaît qu'il peut y avoir des difficultés à trouver le nécessaire consensus politique sur des questions aussi controversées qui ont un impact éthique et moral profond. Cependant ces difficultés sont inhérentes à n'importe quel processus démocratiques et ne peuvent absoudre l'abstention des autorités de remplir leur tâche en la matière.
Au nom du « principe de subsidiarité », la Cour réitère cependant qu'il appartient à l'Etat de décider dans quelles conditions générales un individu doit pouvoir prétendre à la fourniture de son poison final.
On peut dire, quoi qu'il en soit, que toute cette affaire a pour le moins rompu la monotonie de la vie de Mme Gross.
Et se poser aussi la question : les médecins qui ont constaté ses idées suicidaires lui ont-ils apporté l'aide dont elle a sans doute beaucoup plus besoin que d'un cachet de départ ?
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Libellés : CEDH, Cour européenne des droits de l'homme, euthanasie, suicide assisté
12 mai, 2013
Le Pape François a participé à la Marche pour la Vie à Rome !
A la surprise générale le pape François a participé à la 4e Marche pour la Vie à Rome qui a réuni 40.000 participants aujourd'hui : il a pris sa papamobile depuis le Palais apostolique pour saluer les marcheurs qui étaient en train de remonter la Via della Conciliazione, et il les a bénis.
Le déplacement avait été manifestement préparé, souligne Hilary White de LifeSiteNews, mais maintenu secret : le chemin du pape avait été préparé par des barrières qui l'encadraient le long de la Via della Conciliazione qu'il a parcourue à l'issue du Regina Coeli pour atteindre le point d'arrivée de la Marche à laquelle participaient notamment le Dr Xavier Dor, une représentante de la Marche pour la Vie française, Blandine Serieyx, des représentants de Droit de Naître en France et de nombreux délégués américains (comme la charmante et convaincante Lila Rose), irlandais, polonais et d'ailleurs.
La Marche s'ouvrait avec un petit train touristique « détourné » pour l'occasion pour transporter des dizaines d'enfants portant des ballons et était émaillée de banderoles aux slogans clairs : « Non à la 194 » (la loi autorisant l'avortement), « Nous tuons notre avenir », « l'avortement est violence », « Halte au génocide ». D'ailleurs le maire de Rome, Gianni Alemanno, a pris la parole pour dénoncer le « massacre des innocents » que constitue l'avortement.
Des jeunes, des vieux, des familles, mais aussi des congrégations religieuses défilant derrière leurs bannières participaient à la Marche : les Franciscains de l'Immaculée, notamment, et des religieuses priant ouvertement. L'institut du Verbe incarné, regroupant de nombreuses jeunes religieuses et jeunes prêtres, était lui aussi fortement et joyeusement représenté.
Beaucoup de photos ici sur le site de Corrispondenza Romana. Et bien d'autres sur le blog « live » de la Marche ici.
La Marche s'ouvrait avec un petit train touristique « détourné » pour l'occasion pour transporter des dizaines d'enfants portant des ballons et était émaillée de banderoles aux slogans clairs : « Non à la 194 » (la loi autorisant l'avortement), « Nous tuons notre avenir », « l'avortement est violence », « Halte au génocide ». D'ailleurs le maire de Rome, Gianni Alemanno, a pris la parole pour dénoncer le « massacre des innocents » que constitue l'avortement.
Des jeunes, des vieux, des familles, mais aussi des congrégations religieuses défilant derrière leurs bannières participaient à la Marche : les Franciscains de l'Immaculée, notamment, et des religieuses priant ouvertement. L'institut du Verbe incarné, regroupant de nombreuses jeunes religieuses et jeunes prêtres, était lui aussi fortement et joyeusement représenté.
Beaucoup de photos ici sur le site de Corrispondenza Romana. Et bien d'autres sur le blog « live » de la Marche ici.
![]() |
Virginia Coda Nunziante, porte-parole de l'organisation italienne Marcia per la Vita, à côté du Dr Dor. |
Et voici une belle vidéo de la Marche, disponible ici, avec les images du Pape vers la fin.
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Libellés : Culture de vie, Marche pour la Vie, pape François, pro-vie, Rome
Euthanasie en France : référé gagné ! Vincent Lambert vivra… Mais il reste menacé
Extraordinaire victoire, samedi
après-midi, pour le respect de la vie ! Devant le tribunal administratif
de Châlons-en-Champagne, un référé-liberté plaidé en faveur de Vincent Lambert,
37 ans, a abouti à une ordonnance qui a reconnu le droit de ses parents et
d’une partie de ses proches de s’opposer à ce qu’il soit tué lentement par
l’arrêt de son alimentation.
Me Jérôme Triomphe venait de
plaider avec passion contre la mise à mort volontaire du patient, au nom de ses
parents, de sa sœur et de son demi-frère ; Me Jean Paillot avait exposé
l’éthique biomédicale qui exige le respect de la vie. L’audience, chargée
d’émotion, avait duré plus de deux heures. Ils ont été entendus et compris.
Vincent Lambert : oui, c’est
le vrai nom de celui que jusqu’ici, dans un souci de discrétion visant à donner
un maximum de chances aux démarches pour sauver sa vie, j’ai appelé
« Hervé ».
C’est un jeune homme frappé il y
a quatre ans et demi par un accident de voiture qui l’a laissé gravement
handicapé. D’abord maintenu dans un coma artificiel, il est resté ensuite pendant deux
ans dans un coma végétatif. Puis il est entré dans un coma
pauci-relationnel, qui correspond chez lui à un état de « conscience
minimale plus » où existe une interaction avec l’environnement :
Vincent peut suivre des yeux, réagir aux voix familières, manifester la
conscience de ses émotions. Il sourit. Ou plutôt : il souriait.
Depuis qu’une équipe médicale a
décidé que, sa « qualité de vie » étant insuffisante, il convenait de
lui couper l’alimentation et une bonne part de son hydratation en vue de le
faire mourir, il pleure lorsque sa mère ou ses proches viennent le voir…
Cet arrêt de l’alimentation et la
diminution drastique de son hydratation, réduite de 3 litres au total à 500 ml par 24 heures, ont
été mis en place depuis le 10 avril dernier, avec le consentement de son
épouse, mais malgré l’opposition expresse de ses parents et d’une partie de sa
famille qui n’ont été d’aucune façon entendus à propos de cette décision
médicale, qui n’est rien d’autre qu’un arrêt de mort par cessation des soins.
C’est très exactement une euthanasie par omission.
Le juge des référés, Mme Catherine Monbrun,
a ordonné samedi après-midi à 16 h 45 que l’alimentation et l’hydratation
normales de Vincent Lambert soient rétablies, annulant par ce fait la
« décision collégiale » qui avait été prise le 8 avril par
l’équipe médicale du CHU Sébastopol de Reims, de le faire mourir à petit feu au
motif que ces soins apparaissent aujourd’hui comme « inutiles, disproportionnels
et ayant comme seul effet le maintien artificiel de la vie ».
Elle a ainsi reconnu qu’il y
avait une « atteinte grave et manifestement illégale » à une
« liberté fondamentale » qu’il s’agissait de sauvegarder : la
vie même de Vincent Lambert, menacée, et le droit de ses proches qui ne
souhaitaient pas le voir tué. L’urgence étant caractérisée par
l’affaiblissement déjà très avancé du patient du fait de ce refus de nourriture
et d’eau.
Au nom du principe du
« respect de la vie » affirmé par la Convention européenne de
sauvegarde des droits de l’homme, que doit respecter notamment « toute
personne morale de droit public » tel un hôpital public, l’ordonnance de
référé rappelle que le juge des référés peut prendre toutes les mesures de
nature à faire cesser le danger « lorsque l’action ou la carence d’un tel
établissement crée un danger caractérisé et imminent pour la vie d’un patient,
portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à cette liberté
fondamentale ».
Vincent Lambert, à l’heure où
j’écris ces lignes, est hors de danger. Par l’effet de l’ordonnance de référés,
on a recommencé à lui administrer du glucose et son alimentation est rétablie
avec toute la précaution et la progressivité que requiert son état. Sa vie est
sauvée.
Mais pour combien de temps ? Le résultat du référé a provoqué
la « rage » du chef de service de l’unité
de soins palliatifs où Vincent est hospitalisé. Une colère que m’a décrite
Me Triomphe : il l’a constatée sur place au CHU de Reims, samedi
après-midi, où le médecin chargé de soigner Vincent Lambert a clamé qu’il ferait tout pour procéder quand même à l’arrêt de la nourriture et de
l’essentiel de l’hydratation de Vincent Lambert, refusant son transfert dans un
autre hôpital plus respectueux de la vie au motif qu’ils sont
« responsables » du jeune homme, rejetant encore et encore la volonté
expresse de ses parents et d’une partie de sa famille de ne pas le voir ainsi
volontairement poussé vers la mort. L'idée ? Relancer la « procédure collégiale », dans les règles cette fois (manière de reconnaître que tout avait été fait dans l'illégalité), mais avec la volonté préméditée de passer outre à la volonté des parents de Vincent Lambert.
Ce que l'on constate chez ce médecin, c'est une pure volonté de tuer –
et j’écris cela en pesant mes mots, sans craindre de me voir contredire –
puisque tel est l’objectif unique de l’arrêt de la nourriture et de
l’hydratation.
Ce médecin qui a pris en
toute illégalité – c’est ce qu’établit l’ordonnance de référé – la décision de
faire mourir Vincent Lambert de faim et de soif, entend donc maintenant refaire
toute la procédure de manière respectueuse de la loi, cette fois, pour lui
couper encore les vivres.
Comment peut-il prétendre
cela ?
Un élément peut, selon la manière
dont on interprète la loi, lui donner raison, et il faut que la France le
connaisse, qu’elle sache qu’aujourd’hui la loi française peut permettre de tuer
un patient en le précipitant vers sa fin de vie.
Un deuxième lui donne tort,
absolument et d’emblée, nous allons voir comment.
*
1. La décision d’arrêter les traitements, même en l’absence de
situation de maladie en phase terminale, est une possibilité offerte aux
médecins dans le cadre de la loi Leonetti. Cela correspond à la volonté
d’éviter qu’une « obstination médicale déraisonnable » n’impose
d’inutiles souffrances au patient ; c’est le refus de l’« acharnement
thérapeutique » qui permet de refuser les traitements « inutiles,
disproportionné ou qui n’ont d’autre objet que le maintien artificiel de la
vie ».
« Traitement » :
le mot dit bien ce qu’il veut dire et ne désigne pas de lui-même les soins ordinaires dus à tout patient et
d’ailleurs à tout homme dans la mesure du possible : un toit, l’hygiène,
la nourriture et l’eau.
L’entourloupe de la loi Leonetti,
qui apparaît dans ses travaux préparatoires et qui est confirmée dans le
rapport d’évaluation de l’application de la loi par le même Jean Leonetti,
consiste à classer le soins ordinaire qu’est la nourriture (même administrée
par sonde) au nombre des « traitements médicaux ».
L’ordonnance de samedi prend acte
de cette possibilité et suit non la lettre de la loi, mais ces éclairages plus
que douteux du point de vue du droit, puisque la loi interdit au médecin tout
acte de nature à provoquer la mort.
On peut craindre que le droit
français ne finisse par entériner cette interprétation qui aboutit à donner aux
médecins un pouvoir de vie et mort sur leurs patients, même des patients qui
comme Vincent Lambert vivent comme tout être humain grâce à l’absorption de
nourriture et d’eau et qui ne souffrent d’aucune maladie qu’il faudrait
soigner.
La morale et le bon sens imposent
cependant de noter que la nourriture et l’hydratation même administrées
autrement que par la bouche ne sont pas des soins extraordinaires ni un
traitement médical : la vie qui est maintenue ainsi n’est pas plus
« artificielle » que celle d’un nourrisson que l’on nourrit ou d’un
malade trachéotomisé qui reçoit sa « ration de survie » par sonde. Il
ne s’agit pas de prolonger par des moyens techniques disproportionnés une vie
qui ne tient plus qu’à un fil. La preuve : c’est le refus de nourriture
qui va opérer la dégradation de la santé du patient et provoquer, lentement
mais sûrement, une mort cruelle.
2. Mais cette décision de refuser la nourriture et l’essentiel de
l’hydratation doit répondre à des règles strictes. Il faut tenir compte de la
volonté du patient si elle peut s’exprimer. Sinon, l’équipe médicale doit tenir
compte, le cas échéant, si elles existent, de ses directives anticipées, mais
ne peut prendre sa décision de mort sans consulter la famille et les proches du
patient.
Et s’il y a opposition, il faut
aussi en tenir compte.
Dans le cas de Vincent Lambert,
ainsi que le plaida Me Jérôme Triomphe et ainsi que les pièces produites devant
le juge allaient l’établir, la décision de mettre fin à sa vie a été envisagée
dès le mois de janvier, et que l’épouse du jeune homme y a été
« associée » dès début février. Mais ses parents n’en ont pas été
tenus informés : certes on a parlé à sa mère, le 5 avril, sans précisions,
mais assez pour que celle-ci manifeste sa ferme opposition à toute éventualité
d’une telle décision.
Elle a été prise pourtant le 8
avril et mise en œuvre le 10 avril.
Les médecins qui soignent Vincent
Lambert assurent que sa famille a été régulièrement tenue au courant… à
partir du 25 avril. En effet ! Mme Lambert a été alertée par
certains de ses enfants que Vincent, à ce qu’ils avaient remarqué, n’était plus
nourri, et c’est elle qui s’est précipitée à Reims pour aller dire aux médecins
son refus absolu d’une telle procédure qui constitue une mise à mort
volontaire !
C’est sur ce point de non-respect
de la procédure prévue par l’article 2. 4127-37 du code la santé publique que
le juge des référés a donné raison à M. et Mme Lambert.
L’ordonnance souligne le défaut d’information dont ont ils été
victimes par rapport à la mise en œuvre de la procédure collégiale par laquelle
un médecin, conforté par l’avis favorable d’un autre médecin étranger au cas,
peut décider de couper les vivres à un patient pour le faire mourir. L’ordonnance dénonce aussi que le fait
que les parents « n’ont pas été
informés de la nature et des motifs de cette décision ». Plus
important encore, le juge souligne que « la
décision d’arrêter l’alimentation et de limiter l’hydratation n’a pas pris en
compte les souhaits des parents de M. Vincent », et ce quand bien
même une partie de ses frères et sœurs et son épouse se sont montrés d’accord
avec elle.
Autrement dit, en cas
d’opposition de la famille, en l’occurrence le père et la mère de la victime
qui sont tout de même on ne peut plus proches, les médecins ont l’obligation
d’en tenir compte.
C’est un frein réel à l’application mortifère de la loi Leonetti, et
cette affaire a eu pour premier mérite de le mettre en évidence.
Lorsque le médecin de Reims prétend remettre en route une procédure collégiale, cette fois en respectant les conditions posées par la loi, non seulement il soulignent en creux la manière illégale dont ils ont agi, mais il méconnaît ce droit des parents qu'en tout état de cause il doit respecter en s'abstenant de prendre une décision de mise à mort.
*
Il n’est pas inutile de noter que
les documents médicaux produits par le CHU de Reims en défense de sa décision
démontrent l’état de conscience réel quoique apparemment très diminué et le
fait qu’il ressent des émotions. Ni que la décision de faire cesser son
alimentation et de limiter fortement son hydratation ont fait suite à ce que l’équipe
médicale appelle des « signes d’opposition comportementale de la part de M.
Lambert lors des actes de “nursing” a fait suspecter un refus de vivre et a
suscité une réflexion éthique au sein de l’équipe médicale ».
En clair : il a montré son
inconfort lors de la toilette, des soins de bouche…
Cela leur a suffi.
Nous parlerons de cette affaire
avec Me Jérôme Triomphe sur Radio
Courtoisie à partir de 8 h 30 ce dimanche matin, l’émission sera
rediffusée à 21 h 30 : on peut l’écouter partout dans le monde sur http://www.radiocourtoisie.fr.
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Libellés : Culture de mort, Culture de vie, droit, euthanasie, euthanasie par omission, France, loi leonetti
10 mai, 2013
Irlande : l'horreur de l'avortement qui s'ajoute au viol
Une jeune femme irlandaise poursuit actuellement le gouvernement de son pays pour avoir été soumise à un avortement forcé après être tombée enceinte à la suite d'un viol particulièrement violent. « Mary » était mineure à l'époque des faits. Elle n'avait que 13 ans. Aujourd'hui, 16 ans plus tard, elle n'a pas fini de souffrir. Et c'est son avortement qui lui laisse le pire souvenir : pire que le viol lui-même.
La jeune femme atteste qu'à la suite de l'avortement, elle est tombée dans une spirale de « dépression et de chaos » – alors même que l'avortement avait été justifié par des travailleurs sociaux au motif que la jeune fille menaçait de se suicider.
Tout s'était passé sans que la petite « Mary » ait eu son mot à dire. Elle se souvient avoir été emménée chez le médecin, qui lui apprit qu'elle était enceinte. « Ça veut dire quoi, enceinte ? » Elle ne le savait pas. On lui dit qu'elle allait avoir un bébé. Elle ne comprenait pas comment cela pouvait se faire. On l'éloigna de sa maison. Quelques semaines plus tard, des travailleurs sociaux l'embarquèrent dans un avion pour Londres. Là elle se souvient d'avoir eu très mal, d'avoir eu une piqûre et de s'être profondément endormie. « Quand je me réveillai, la douleur était partie et ils finirent par me dire que le bébé était mort. »
De retour en Irlande, « Mary » fut placée dans une famille d'accueil, où elle se rendit compte plusieurs mois plus tard qu'on n'allait pas lui permettre de retrouver ses parents.
Elle ne devait apprendre que plus tard ce qui s'était passé.
En application de la jurisprudence de la Cour suprême irlandaise de 1992, le fameux « Cas X », qui autorisait l'avortement à l'étranger pour les femmes irlandaises enceintes menaçant de se suicider si elles étaient obligées de poursuivre leur grossesse, une autorité sanitaire, l'Eastern Health Board, argua que « Mary » était dans cette situation et qu'elle voulait obtenir un avortement. Affirmant exprimer la volonté de la jeune fille, ladite autorité saisit la justice et obtint rapidement une décision l'autorisant à emmener « Mary » à Londres pour s'y faire avorter : la décision affirmait qu'elle avait « droit » à cet avortement.
La jeune fille elle-même n'avait rien compris de cela : « Je n'avais aucune éducation à propos de ces choses. J'avais 13 ans, j'étais la fille la plus grande dans une famille de 12 enfants. J'arrivais à peine à aller à l'école parce que je devais rester à la maison pour garder les petits, faire la cuisine et le nettoyage. »
Elle ne savait pas au moment de son voyage à Londres ce qu'était un avortement, et qu'on allait tuer l'enfant qu'elle portait. En 1998, le violeur de « Mary » fut condamné à 12 ans de prison et le juge fit remarquer au coupable que son crime avait été particulièrement odieux parce qu'il n'avait seulement violé une innocente jeune fille mais parce que son acte avait abouti à la mort du bébé « par l'avortement ». Il semble qu'elle n'en ait rien su non plus à l'époque. Tout comme elle n'a pas su alors que ses parents avaient engagé une bataille judiciaire devenue célèbre pour récupérer leur fille…
Ils ne l'obtinrent pas et la petite « Mary » dut rester dans un foyer d'accueil et après son avortement, on lui administra des neuroleptiques : lorsqu'elle refusait les comprimés ou le sirop qu'on lui présentait, on lui donnait le Lactargil par piqûre dans les fesses en la maintenant de force – ce qui ramenait de tels souvenirs de son viol qu'elle finit par accepter de les avaler.
Aujourd'hui « Mary » a 29 ans et deux enfants à elle. Et c'est ce fait qui lui a fait prendre conscience des souffrances causées par son avortement.
« Je ne voulais pas devenir mère à 13 ans, mais je me rends compte maintenant que le bébé ne méritait pas de mourir. J'aurais aimé pouvoir le donner à adopter, à quelqu'un qui voulait vraiment avoir des enfants et qui ne le pouvait pas. Elle serait adolescente aujourd'hui et peut-être qu'on aurait pu être amies, même si elle ne m'appelait pas Maman… »
« Mary » a obtenu son dossier médical et poursuit désormais le gouvernement irlandais pour l'avortement forcé et pour la mesure d'éloignement de ses parents.
Et c'est une affaire importante en ce moment où le gouvernement est précisément en train de plier devant le lobby de l'avortement en prévoyant des cas où l'avortement sera possible en Irlande : le cas de menace de suicide par exemple. Le projet de loi a été présenté, on pense qu'il sera voté d'ici à l'été…
« J'ai encore des rêves d'une petite fille blonde qui court dans un champ et me demande de jouer avec elle. Elle est ma petite fille perdue. Je l'ai appelée Shannon. J'ai fini par obtenir un certificat de décès pour elle. C'est ma façon de prouver qu'elle a existé. »
( Et le violeur ? On apprenait en 2005 qu'il venait d'être condamné à 21 ans de prison pour avoir violé une femme de 86 ans…)
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09 mai, 2013
France : un jeune homme se meurt d'euthanasie lente – mais sa famille se bat
Le jeune homme qui se meurt lentement dans un hôpital, « quelque part en France », affamé par décision du corps médical, s’affaiblit de jour en jour. Mais une lueur d’espoir existe désormais. La famille de celui que nous avons appelé « Hervé », horrifiée de voir ses souffrances physiques et morales, a décidé de ne pas en rester là. Elle veut se battre jusqu’au bout.
Elle dit NON à cette nouvelle barbarie qui prétend autoriser des médecins à faire mourir des malades à petit feu, en cessant de les nourrir, en les privant presque totalement d’eau.
Elle dit NON à une interprétation de la loi Leonetti sur la fin de vie qui a déjà servi de couverture à des assassinats de ce type.
Elle dit NON à l’euthanasie par omission que l’on impose sournoisement tandis qu’on fait croire que la question est encore en débat ; une euthanasie par omission que Jean Leonetti lui-même entend faciliter et rendre apparemment moins cruelle par la « sédation palliative » qui permettrait de masquer les affres de ceux qui mourront de faim et de soif parce que des médecins en auront décidé ainsi.
Il y a donc du nouveau depuis l'article de la semaine dernière : la famille d’Hervé vient de trouver un avocat prêt à se battre pour défendre les droits du jeune homme et des siens et l'a saisi le 7 mai au soir. Me Jérôme Triomphe sait que l’affaire est dure. Il s’agit de faire annuler une décision médicale qui est dans l’air du temps ; de contrer la puissance de mort dont tant de médecins se sentent désormais investis ; de prôner une logique de respect de la vie la plus fragile et non de raisonner en termes économiques – et il est impossible de croire que la logique économique n’intervient pas dans cette affaire, sous couleur de mettre fin aux souffrances d’un accidenté dans le coma.
Bref rappel des faits. Il y a quatre ans et demi, Hervé, alors âgé de quelque 33 ans, était victime d’un accident de la route. On le plongea dans un coma artificiel dont il allait sortir, pour se trouver dans un coma végétatif. Il y restera pendant deux ans – mais peu à peu, son état s’améliore et il se trouve aujourd’hui dans un « coma pauci-relationnel », c’est-à-dire un état de conscience minimale où le patient est sensible aux émotions, aux stimuli extérieurs ; Hervé a une activité visuelle, et il réagit aux propos de ses proches.
Il se trouve, je suis désormais en mesure de vous le dire, au CHU Sébastopol de Reims.
Hervé ne souffre d’aucune maladie particulière, et à plus forte raison d’aucune affection en stade terminale, il ne se trouve nullement dans un état de souffrance insupportable – ou en tout cas, il ne s’y trouvait pas avant qu’on prît la décision, le 10 avril, de cesser totalement de le nourrir et de ne plus lui donner que 500 ml d’eau contre les 3 litres de liquide par 24 heures que lui apportaient l’alimentation et l’hydratation par sonde dont il bénéficiait depuis 4 ans et demi.
Sans eau, un homme meurt assez vite : en une quinzaine de jours… Avec un peu d’eau, le processus est bien plus long. Mais cela ne change rien à l’intention de tuer qui est celle des médecins qui décident de ne plus apporter les soins ordinaires – c’est-à-dire ce qui est dû, dans la mesure du possible, à tout être humain, nourrisson ou vieillard, malade ou bien-portant, prisonnier ou libre. Et les médecins ont une obligation spécifique à cet égard : protéger et soigner, tout faire qui ne constitue pas une obstination déraisonnable qui aurait pour seul effet de prolonger artificiellement la vie.
Ce jeune homme qui souffre et qui se voit mourir n’a aucun moyen de parler pour lui-même. Alors c’est sa famille qui est sa voix.
Une famille qui aurait dû être écoutée, aux termes de la loi Leonetti, et qui ne l’a pas été. Le 5 avril dernier, des responsables de l'équipe médicale de l’hôpital demandait à la mère d’Hervé d'entamer un « cheminement » personnel par rapport à un processus dont il était simplement suggéré qu'il était envisagé : priver Hervé de nourriture pour le conduire vers la mort. Aucune « décision collégiale ». Aucune consultation formelle à cette fin. A ces suggestions, la mère d'Hervé opposa des protestations fermes. On lui fixa un rendez-vous au 15 mai pour qu’elle puisse revenir avec son mari, qui était alors lui-même hospitalisé pour une intervention.
Mais fin avril, elle découvrit, par deux de ses autres enfants qui rendant visite à Hervé, constatèrent qu’il n’était plus alimenté, que ce processus avait été mis en place dès le 10 avril. Autrement dit, sans que la famille et les proches du jeune homme n’eussent été informés, comme l’exige pourtant la loi, de la mise en œuvre de la « procédure collégiale » de décision d’arrêt des « traitements », auxquels sont ici assimilés les soins ordinaires que sont la nourriture et l’hydratation. Décision « manifestement illégale », comme le souligne l’avocat.
Le 8 mai, Me Jérôme Triomphe a saisi le procureur de Reims sous l’intitulé : « Urgent, danger de mort ». Démarche prise très au sérieux : elle a abouti à l’envoi de policiers à l’hôpital. On sait que par ailleurs ils ont appelé l'épouse d'Hervé, et sont finalement allés chez elle pour l'entendre. Quoi qu'il en soit les médecins qui « soignent » Hervé refusent toujours de rétablir l’alimentation, malgré la demande expresse de ses parents, et même sous la menace de poursuites et la mise en évidence de ce qui se trame réellement au CHU de Reims : une tentative d’assassinat.
Devant l'obstination des médecins, c’est désormais le juge administratif qui est saisi dans le cadre d’un référé-liberté qui se plaidera à Châlons-en-Champagne, dès que possible et on espère dès ce vendredi malgré le pont, afin que toutes mesures soient prises pour sauver la vie d’Hervé, faire cesser la grave maltraitance dont il est victime, sauvegarder les droits de sa famille et donner à celle-ci la possibilité de transférer Hervé dans une structure respectueuse de son droit de vivre qu’affirment aussi bien la loi Leonetti que le droit européen.
Me Triomphe a rappelé en effet le droit fondamental à la vie qu'affirme solennellement l'article 2 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH). Droit réaffirmé et renforcé par une résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le 25 janvier 2012, qui affirme :
• L’euthanasie, dans le sens de l'usage de procédés par action ou par omission permettant de provoquer intentionnellement la mort d’une personne dépendante dans l’intérêt allégué de celle-ci, doit toujours être interdite.
• Il ne peut être toléré que des décisions soient prises par une personne subrogée qui se fonde sur des jugements de valeur généraux ; en cas de doute, la décision doit toujours viser à préserver la vie de l’intéressé et à en prolonger la vie.
C'est une très grosse bataille qui se joue actuellement autour de la personne d'Hervé. Il y faut beaucoup de courage et de constance dans des circonstances particulièrement douloureuses et choquantes pour la famille. Il faut que la France en parle.
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08 mai, 2013
Aristote ou Rousseau ? Les fondements philosphiques du débat sur le « mariage » pour tous (II)
Ce remarquable article sur les questions philosophiques qui sous-tendent l’affaire du « mariage » des couples de même sexe vient d’être publié par le site australien MercatorNet. Son auteur, Robert R. Reilly, est ancien membre de l’Administration de Reagan, spécialiste des affaires internationales et de l’islam. Voici ma traduction de la deuxième partie de ce texte, dont j'ai publié la première partie le 29 avril, sous le titre : « Rousseau a pavé le chemin du “mariage” homosexuel ». C'est par ici.
Il s’agit de comprendre, en effet, ce qui sépare fondamentalement les partisans et les adversaires du « mariage pour tous », et de préciser les notions de nature et de « contre-nature » de manière à mieux aborder les débats, les conflits et les attaques qui vont se multiplier dans les mois qui viennent.
Après la première partie sur la philosophie classique et réaliste, cette deuxième livraison montre comment Rousseau et les « Lumières » ont subverti le sens du mot nature. – J.S.
L’inversion d’Aristote par Rousseau
Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) a mis la notion de nature selon Aristote sens dessus dessous. Aristote disait que la nature est définie non seulement par ce qu’est l’homme, mais par ce qu’il doit être. Rousseau, au contraire, soutient que la nature n’est pas une fin (une telos) mais un commencement : la fin de l’homme est son début. Il n’a pas une nature immuable. « Nous ne savons pas ce que notre nature nous permet d’être », écrivait Rousseau dans son Emile. Ce point de vue a été décliné pour le XXe siècle par John Dewey qui affirmait : « La nature humaine est de ne pas avoir de nature. » Il n’y a pas de devenir « obligé » pour l’homme, pas d’impératif moral. Il n’y a pas de dessein, ni pour l’homme, ni dans la nature ; par conséquent, l’existence est dépourvue de tout principe rationnel. Cela signifie qu’il n’y a pas d’entéléchie, rien qui ressemble au fait « d’avoir sa propre fin en soi » comme le disait Aristote. Et même, la raison elle-même n’est pas naturelle à l’homme, selon Rousseau – alors que pour Aristote elle est l’essence même de l’homme. Pour Rousseau, les racines de la raison plongent dans ce qui est irrationnel. La raison est la servante des passions, et non de la vérité.
A l’inverse d’Aristote, Rousseau affirmait que l’homme, par nature, n’est pas un animal social et politique doué de raison. A la différence d’Aristote, Rousseau ne part pas de la famille, mais d’un individu isolé à l’état de nature, où le pur « sentiment de sa propre existence » était tel qu’« on se suffisait à soi-même, comme Dieu ». La nature devient un substitut profane au jardin d’Eden. Mais ce dieu satisfait de lui était asocial, amoral et pré-rationnel. Ses accouplements avec des femmes se faisaient au hasard et ne formaient aucun attachement durable. La famille ne lui était pas naturelle. Comme l’écrivait Rousseau dans son Discours sur l’origine des inégalités, « La faim, d’autres appétits lui faisant éprouver tour à tour diverses manières d’exister, il y en eut une qui l’invita à perpétuer son espèce ; et ce penchant aveugle, dépourvu de tout sentiment du cœur, ne produisait qu’un acte purement animal. Le besoin satisfait, les deux sexes ne se reconnaissaient plus, et l’enfant même n’était plus rien à la mère sitôt qu’il pouvait se passer d’elle. » (Rousseau, de fait, abandonna ses cinq enfants.) Le Marquis de Sade exprima un sentiment en tous points rousseauiste dans Juliette, en écrivant que « toutes les créatures naissent isolées et sans aucun besoin les unes des autres ».
Ce n’est qu’au moment où, par un « accident » inexplicable, un homme dut s’associer avec un autre, que son autonomie semblable à celle d’un dieu prit fin. « L’homme est bon par nature », disait Rousseau, mais d’une façon ou d’une autre nous sommes tombés de cet état de nature. Ce que l’homme est devenu est le résultat non de la nature mais de cet « accident », qui d’une certaine manière a également déclenché son usage de la raison. Rousseau insiste sur le caractère accidentel de l’association de l’homme au sein de la société pour mettre l’accent sur son caractère non naturel et artificiel. Elle n’était pas nécessaire. Mieux : elle n’aurait jamais dû se produire. Aristote enseignait que l’on n’arrive pas seul à la perfection ; l’homme a besoin de la société et de l’ordre politique pour développer pleinement son potentiel. La polis lui est nécessaire. Rousseau assurait au contraire que l’homme commence dans un état de perfection, que la constitution de la société lui arrache.
Voici la manière dont Rousseau posait cette thèse dans son Discours sur l’origine de l’inégalité : « Cet état [de nature] était le moins sujet aux révolutions, le meilleur à l’homme, et il n’en a dû sortir que par quelque funeste hasard qui, pour l’utilité commune, eût dû ne jamais arriver. L’exemple des sauvages qu’on a presque tous trouvés à ce point semble confirmer que le genre humain était fait pour y rester toujours, que cet état est la véritable jeunesse du monde, et que tous les progrès ultérieurs ont été en apparence autant de pas vers la perfection de l’individu, et en effet vers la décrépitude de l’espèce. »
Dans le Discours sur les sciences et les arts, Rousseau se faisait fort de montrer les influences délétères de la civilisation et du « progrès » sur l’homme, dont les « âmes ont été corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection ». Dans son Rousseau, juge de Jean-Jacques, il se décrit lui-même comme ayant affirmé le « grand principe que la nature a fait l?homme heureux et bon, mais que la société le déprave et le rend misérable. (…) Le vice et l?erreur, étrangers à sa constitution, s?y introduisent du dehors et l?altèrent insensiblement ». Rousseau écrit qu’« il nous fait voir l?espèce humaine meilleure, plus sage et plus heureuse dans sa constitution primitive, aveugle, misérable et méchante à mesure qu?elle s?en éloigne ».
La société résultant de ce « fatal événement » du hasard a corrompu l’homme. C’est ce que Rousseau substitue au péché originel. Par son association avec autrui, l’homme a perdu le sentiment auto-suffisant « de sa propre existence ». Il a commencé à vivre par rapport à l’estime d’autrui (amour-propre) plutôt que dans l’estime de lui-même (amour de soi). De cette manière, l’homme a été « aliéné » de lui-même et est devenu esclave des autres. Voilà ce que voulait dire Rousseau en écrivant : « L’homme est né libre et partout il est dans les fers. » Nous trouvons ainsi chez Rousseau l’origine de l’idée marxiste de l’exploitation, menée plus avant en des temps plus récents par l’assertion existentielle de Jean-Paul Sartre : « L’enfer, c’est les autres. » Si l’enfer, c’est les autres, alors le ciel doit être soi.
Néanmoins, Rousseau savait que l’état pré-rationnel, asocial d’un paradisiaque isolement à l’état de nature était perdu pour toujours, à la manière du jardin de l’Eden. Mais il pensait qu’un Etat tout-puissant pouvait améliorer la situation de l’homme aliéné. Pour approcher au plus près de la rédemption profane, l’homme doit abolir ces formes d’association dépendante qui l’ont rendu esclave d’autres hommes et toujours maintenu en dehors de lui-même. Il doit couper, autant que faire se peut, ses relations avec les autres membres de la société afin de pouvoir se rendre à lui-même le sentiment de son existence. Comment faire ?
L’Etat exige une dépendance totale
Rousseau a décrit l’accomplissement de cette condition : « Chaque personne serait alors totalement indépendante par rapport à tous les autres hommes, et dépendrait totalement de l’Etat. » L’Etat pourrait restaurer un simulacre de ce bien-être originel en éliminant toutes les relations sociales subsidiaires de l’homme. En détruisant les attaches familiales, sociales et politiques, l’Etat pourrait rendre chaque individu dépendant de l’Etat et indépendant par rapport à autrui. L’Etat est le véhicule permettant de rapprocher les gens afin qu’ils puissent être séparés : une sorte d’individualisme radical sponsorisé par l’Etat.
Le programme de Rousseau consistait à politiser totalement la société et sa première cible fut le fondement de la société – le premier moyen par lequel les hommes sont éloignés de cet égocentrisme où Rousseau aimerait les voir retourner : la famille. Pour détruire la famille, Rousseau proposait de lui enlever sa fonction première d’éduquer ses enfants, et que cette fonction soit dévolue à l’Etat. « L’autorité publique, en prenant la place du père et en se chargeant de cette importante fonction, devrait acquérir ses droits en le déchargeant de ses devoirs. » Le père est censé se consoler avec la pensée qu’il lui reste encore quelque autorité par rapport à ses enfants en tant que « citoyen » de l’Etat. Sa relation avec ses enfants s’est métamorphosée en relation purement politique.
Les attaques de Rousseau contre la famille et son recours exclusif à l’Etat comme véhicule exclusif de la rédemption de l’homme constituent le prototype pour tous les révolutionnaires ultérieurs. Le programme est toujours le même : la société, responsable de tous les maux, doit être détruite. En vue de promouvoir la « fraternité » universelle, la seule source où le mot « frère » puisse trouver son sens – la famille – doit être éliminée. Une fois la société atomisée, dès lors que la famille aura cessé de s’interposer entre l’individu et l’Etat, l’Etat sera libre de transformer par la force l’individu isolé pour en faire n’importe quel type d’« homme nouveau » que les visionnaires révolutionnaires auront imaginé.
La famille artificielle
Nous voici donc arrivés à un moment de la plus haute signification pour notre réflexion. Si la famille est artificielle par ses origines, ainsi que l’affirmait Rousseau, alors elle peut être changée et réaménagée de n’importe quelle façon qui puisse être voulue par l’Etat, ou par autrui. Il s’agit simplement d’un glissement conventionnel, quelque chose qui change dans un artefact culturel. Nous pouvons modifier les relations humaines de n’importe quelle façon. Celui qui a suffisamment de pouvoir peut faire ces modifications à sa propre guise. Il n’y a pas de critère dans la nature auquel il faille adhérer ou à l’aune duquel on puisse le juger. S’il n’y a pas de nature, alors il ne peut d’aucune façon y avoir un problème par rapport aux actes homosexuels ou au mariage des couples de même sexe – ni avec bien d’autres choses non plus. Faire remarquer qu’il n’a jamais rien existé dans l’histoire de comparable à un mariage homosexuel est superflu, de ce point de vue, puisque la « nature » de l’homme est malléable. Elle est le produit de l’histoire. L’histoire avance et l’homme change avec elle. Ou plutôt : l’homme peut se changer lui-même selon ses désirs, aussi longtemps qu’il a les moyens de le faire. Puisque les choses n’ont pas leur fin en elles-mêmes, quiconque est assez puissant pour le faire peut la leur attribuer.
Telle est la philosophie du sophiste Calliclès dans Gorgias, lorsqu’il dit à Socrate : « La vérité, que tu prétends chercher, Socrate, la voici : le luxe, l’incontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force, constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant » (492c). Avec le concours de la force, la vertu devient exactement ce que vous voulez. Il ne s’agit pas de conformer son comportement aux fins rationnelles de la nature, mais de conformer les choses à ses désirs. La raison devient alors l’instrument qui permet de le faire. Pour Rousseau, l’homme est une créature de désirs et d’appétits, auxquels sa raison est subordonnée. L’hôte de Rousseau en Angleterre, David Hume, a écrit dans son Traité sur la nature humaine : « La raison est, et ne devrait être davantage que l’esclave des passions et ne doit jamais prétendre à aucun office que de les servir et de leur obéir. » La raison n’est plus, dès lors, le moyen par lequel l’homme atteint sa fin dans la connaissance et la contemplation du bien. Elle est un outil pour assouvir les passions. L’inversion d’Aristote est ainsi complète.
Lois naturelles ou droits naturels ?
Calliclès, en version contemporaine, ne s’exprimerait pas avec autant de franchise qu’il le fait devant Socrate. Il envelopperait son inversion de la loi naturelle du langage du « droit naturel », de manière à ce que cela puisse paraître la même chose, tout en étant l’exact contraire – ainsi que le fit Rousseau. Si vous êtes un homosexuel actif, vous revendiquez un « droit » aux actes sodomites et au mariage homosexuel. Alors que « droit naturel » sonne comme « loi naturelle » ce n’est, comme l’a expliqué le P. James Schall, pas du tout la même chose.
« La théorie moderne du droit naturel », écrit-il, « est une théorie de la volonté, une volonté qui n’a pas d’autre présupposé qu’elle-même. Dans sa version politisée, elle aura été l’alternative la plus durable et la plus dangereuse à une loi naturelle basée sur la réalité ontologique de ce qu’est l’homme.
« Dès lors que le droit naturel devient le fondement accepté de la vie politique, l’Etat est libre d’y placer n’importe quel contenu, comme il le désire, y compris la réécriture ou l’élimination de la loi naturelle. La tradition constitutionnelle de jadis pensait que l’Etat était, en lui-même, à la fois le résultat naturel de la nature de l’homme et, et tant que tel, un frein pour l’Etat. Mais si l’homme n’a pas de “nature”, il est libéré de cette contrainte. Le droit naturel moderne signifie que rien ne limite l’homme ou l’Etat, si ce n’est ce que l’homme veut. Il peut vouloir toute chose qu’il est capable de faire arriver, qu’elle soit tenue ou non pour contraire à la loi naturelle. »
Ce qui se joue actuellement dans la bataille du mariage des couples de même sexe n’est rien de moins que cela.
Sans parler directement de Calliclès ou de Rousseau, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger a dit dans Le sel de la terre quelque chose qui caractérise cette école de pensée : « L’idée que la “nature” a quelque chose à dire n’est plus admissible ; l’homme doit disposer de la liberté de se remodeler à volonté. Il doit être libéré de toutes les données antérieures de son essence. Il fait de lui-même ce qu’il veut, et c’est seulement de cette manière qu’il est véritablement “libre” et libéré. Derrière cette approche se trouve une rébellion de la part de l’homme contre les limites qui sont les siennes en tant qu’être biologique. A la fin, c’est une révolte contre notre état de créatures – une édition moderne, nouvelle, des tentatives immémoriales d’être Dieu, d’être comme Dieu. »
Voilà la perspective anthropologique et métaphysique au sein de laquelle le mouvement en faveur du mariage des couples de même sexe argumente son cas. Accepter le mariage des couples de même sexe revient à accepter l’ensemble de la perspective d’où elle émane, y compris l’assertion selon laquelle « la nature humaine est de ne pas avoir de nature ». Mais la nature humaine n’est rien d’autre que ce qui fait que l’on est un être humain. Rejeter cela, c’est nier l’humanité, nier ce qui est.
Robert Reilly
Source : http://www.mercatornet.com/articles/view/the_road_to_same_sex_marriage_was_paved_by_rousseau
© leblogdejeannesmits pour la traduction.
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Libellés : droits de l'homme, droits homosexuels, Etats-Unis, mariage gay, mariage homosexuel
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